About

For a common défense est un projet de recherche mené depuis une dizaine d’année et qui pose la question de l’histoire de l’art, de son récit de son inscription dans un espace critique, et des histoires qu’elle véhicule elle-même vraies ou fausses. Ce projet est passé par des hypothèses de travail et de formes assez diverses dont une première version de site web appelé rca5600.be (aujourd’hui hors ligne). La polymorphie de ce projet illustre la façon dont j’envisage la question qu’aborde ce site : ni projet d’histoire de l’art, ni projet d’histoire politique, mais les deux à la fois ; ni projet curatorial, ni projet artistique, mais les deux à la fois. Quels observateurs sommes nous de notre histoire proche.

Au fur et à mesure que cette recherche progresse, la forme d’un site d’archives est apparut comme étant la plus adaptée pour restituer un matériau aussi divers que des archives de musées et d’administrations, des images d’œuvres, des éléments chronologiques, des graphiques ou encore une anthologie de textes. Ce site d’archives est une proposition donnant accès à une base de données ayant vocation à s’enrichir.
Les perspectives permises par cette forme sont d’autant plus intéressantes qu’elles font de ce projet un objet ouvert à des usages différents, par d’autres, et sous d’autres formes. Fcdarchive.fr est donc une sorte de prototype ouvert à tous les possibles.
Conduit telle une enquête ce projet enrichit et s’enrichit d’une sorte de rapport, d’écrit qui me permit de structurer cette recherche.

For a common défense explore les relations, parfois très étroites, entre l’artiste, le politicien, le commissaire d’exposition, le directeur de musée, le trustee, le militaire, le philanthrope. C’est déjà tout un réseau qui se construit et qui en appelle bien d’autres. Il s’agit de recontextualiser ces réseaux et d’essayer de donner un autre regard sur la politique culturelle américaine depuis les années 1940-1941 jusqu’à la fin des années 60.

Après la seconde guerre mondiale, les États-Unis ont vu se développer de nouvelles conceptions politiques qui conditionnèrent l’approche de la politique étrangère du gouvernement face aux nouveaux enjeux mondiaux.
La réalpolitik, qui trouve ses sources dans l’Allemagne willeminienne, se voit repensée par des théoriciens et des politiciens tel que Henri Kissinger, Nelson Rockefeller, mais aussi par des groupes de réflexion réunissant des personnalités du monde politique, militaire, économique et culturel.  Ce fut le cas avec Prospect for America, the problems and opportunities confronting American democracy _ in foreign policy, in military preparedness, in education, in social and economic affairs, rapport édité en 1960 par un groupe de réflexion du Rockefeller Fund. Thème absent du titre – il est supposé par le mot éducation – la culture est en bonne place dans ce rapport.

Loin de démontrer l’existence d’un complot américain pour imposer une vision, une politique, un système économique, un mode culturel, ce site tente de montrer que le changement de la scène artistique de Paris vers New York n’est pas qu’un basculement esthétique, culturel mais bien un profond changement social, politique et économique chez les professionnels de l’art, qui participe d’un mouvement global. On verra que ces deux aspects de l’histoire, politique d‘un coté et artistique de l’autre, se trouvent réunis dans des figures transversales et emblématiques telles que Nelson Rockefeller, Clement Greenberg, René d’Harnoncourt ou Alfred J. Baar.

En l’état actuel du site, un aspect de la recherche est fortement développé, celui de l’influence politique américaine sur le monde latino-américain. Cet aspect m’a permis d’ouvrir une entrée sécante sur l’aspect culturel de la politique américaine à la même période. Mais cette entrée a aussi mis en évidence la nécessité d’un prolongement de ce projet sur une autre question : en quoi la politique culturelle et la politique étrangère américaines ont influencé la situation culturelle des pays d’Amérique Latine ? Quelles modifications les scènes artistiques de ces pays ont elles subies ?