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The life of Nelson A. Rockefeller : worlds to conquer, 1908-1958

The Life of Nelson A. Rockefeller: worlds to conquer, 1908-1958, Cary Reich, DoubleDay New York, 1996.
Library of Congress catalog card number 96014718
ISBN 0-385-24696-X

The Life of Nelson A. Rockefeller_Reich_Chapultepec

The Life of Nelson A. Rockefeller_Reich_Over and Cover

 

THE IMPERIAL ROCKEFELLER

Prospect for America_Introduction

Rockefeller Brother Fund, Prospect for America, The Rockefeller panel report, Doubleday & Cie, New York, 1961

Prospect for America_The Rockefeller Panel Reports_01

Prospect for America_La communauté inter-américaine

Également importante, l’autre grande région dont les États-Unis sont une partie – l’hémisphère occidentale dont le Canada et l’Amérique Latine forment, avec nous mêmes, les principaux composants.

Le Canada est actuellement une sorte d’articulation entre les deux systèmes régionaux. Sa position dans l’Atlantique Nord et au sein du Commonwealth le lie avec la Grande-Bretagne et au delà avec le continent européen.

Le partage d’intérêts et d’idéaux avec les États-Unis conduisent à une relation bien plus intime que si elle était basée sur plus de proximité physique. Une longue histoire d’échanges amicaux et l’exemple de la frontière non gardée sont les illustrations d’un lien d’un genre unique. Cette idée est renforcée par les considérations stratégiques à une époque où le chemin le plus probable pour lancer une attaque sur ce continent est de passer par les airs, au dessus du pôle. Le fait qu’il y ai eu des difficultés économiques entre les États-Unis et le Canada au cours des récentes années, accentue le besoin étroit de collaboration sur tous les sujets communs. Cela doit être un vrai souci pour les intérêts d’un voisin qui a ses propres aspirations et a déjà soutenu sa pleine part de responsabilité des charges du monde.

Le problème d’une communauté construite et représenté par vingt pays au sud des États-Unis est plus complexe. Leur importance ne peut pas être ignorée. Il y a là une population déjà plus nombreuse que la population des États-Unis et qui s’accroît plus rapidement. Il y a également un marché d’échange approximativement égal à celui avec l’Europe. Il y a là des ressources naturelles qui offrent d’énormes possibilités de développement.

Les pays d’Amérique centrale et du sud assurent un champ d’action constructif où les prétentions des États-Unis à la conduite du monde peuvent être bien jugées. La stratégie soviétique place la dissolution de la communauté atlantique en premier sur son agenda politique, là n’est pas la question, mais cela semble plus difficile pour séparer les États-Unis d’avec leurs voisins latino-américains.

À la différence de l’Europe et même de l’Asie, nos opportunités, au vu de l’hémisphère ouest, n’ont pas provoqué l’intérêt des américains. Trop souvent, les relations latino-américaines ont été manipulées discrètement jusqu’à ce que certains incidents ou crises forcent l’attention.

Cela n’a pas toujours été le cas. La doctrine Monroe était l’acte d’un grand « homme d’état créatif » qui devait avoir dépassé l’étape d’une préoccupation continue et grandissante des États-Unis concernant cette zone. En soulevant des remparts contre les entreprises coloniales dans le sud continent, l’homme politique américain établissait le modèle durable de nos intérêts et de notre implication. Au XIXe siècle, il isola la vaste zone inter-américaine contre ce type d’intrusion qui, en cette période, fit de l’Afrique un patchwork impérialiste et il maintint le champ libre pour le développement, aux Amériques, de nations indépendantes se gouvernant elles-mêmes. Au même moment, sans doute mieux construite qu’il ne le pensait, il devait établir une triple relation Amérique Latine – États-Unis – Europe. Le soutien britannique à la déclaration de Monroe trouva un écho en 1941-45, lorsque tous les pays d’Amérique centrale et du sud déclarèrent la guerre à l’Allemagne hitlérienne.

L’organisation des États d’Amérique est le plus vieux groupe régional établi dans le monde moderne. Il représente un exemple valable de la manière dont les systèmes de maintien de la paix se tiennent prêts, comme sous structure de base, à être le dernier recours pour les Nations-Unies. La place des États-Unis à l’intérieur de l’OAS met notre politique et notre diplomatie à l’épreuve en agissant vigoureusement avec la connaissance intime des mouvements complexes et des personnalités changeantes, bien que maintenant le respect de l’indépendance requière un système d’auto-gouvernance.

Les États-Unis doivent s’employer à créer un ordre économique et politique viable pour que le continent sud rencontre les changements rapides qui lui sont clairement nécessaires, et pour un système économique sans interruption d’expansion.

Les États-Unis doivent être prêts à offrir une large contribution, soutenue et correctement planifiée. Une telle contribution, pour ainsi dire sans contre-partie, peut seulement s’accomplir sur la base d’efforts organisés et effectifs de l’Amérique Latine elle-même. Si nous avons, de notre côté, le besoin de plus d’actions constructives, il est nécessaire de dire que les leaders des pays d’Amérique du sud ont la charge des besoins auxquels ils font face. Dans un autre rapport de ce document, Politique économique étrangère pour le XXe siècle, le comité encourage les étapes vers un marché commun en Amérique Latine ; les procédures exploitables pour modérer les fluctuations extrêmes des prix des produits de base ; les moyens pour la promotion coopérative d’une croissance économique générale et le développement ; l’établissement d’une Union Inter-Américaine de paiement ; et les étapes vers une meilleure coopération dans les domaines sociaux, de l’éducation, du logement à moindre coût, de la santé et de l’assistance technique.

Ces objectifs, décrit en détails dans cet autre rapport, le comité les considère comme des pré-requis de base pour le développement d’une pleine communauté d’intérêts et pour le bien être général dans l’hémisphère. L’organisation d’une banque inter-américaine de développement est une étape importante en amont, mais nous encourageons encore une fois la considération attentive de toute la gamme de recommandations.

De plus, les États-Unis devraient avoir un intérêt systématique dans les décisions régionales parmi les états d’Amérique centrale pour des actions communes dans les affaires économiques, éducatives, sanitaires et autres. Néanmoins, même si ces objectifs étaient tous atteint, la tache de cette hémisphère ne serait pas accomplie.

Au delà de tout ce que l’homme d’état et l’économiste peuvent accomplir, il doit y avoir un effort de l’intelligence et de l’esprit pour comprendre ce qui persiste dans les profondeurs de cette zone complexe, pour trier les éléments qui créent un dénominateur commun entre autant d’efforts nationaux disparates et pour bâtir le futur sur cette base. L’Amérique Latine est passée par une période d’intense activité culturelle. À travers l’échange d’enseignements, de scientifiques et de figures de la littérature, nous voyons à l’évidence un intérêt pour les choses qui peuvent porter l’ensemble de la civilisation d’Amérique Latine à un niveau d’unité et de conscience de soi.

Les États-Unis ne peuvent pas espérer jouer, dans la vie du continent, le rôle que leur position peut justifier et que d’ailleurs celle-ci et leur bien-être requièrent, à moins que cela les mettent en accord avec les mouvements politiques et culturels. L’Amérique Latine, malgré quelques échecs et détours, semble d’accord pour se construire au sein de nouvelles formes d’organisations régionales, internationales et ses leaders désirent que les nord-américains les pensent avec eux. Une vraie entente est nécessaire. Cette sorte d’entente n’est pas possible sans efforts, elle ne peut être soutenue sans attention, mais dans l’analyse finale elle n’est peut être pas moins importante que le soutien économique.

 

Rockefeller Brother Fund, Prospect for America, The Rockefeller panel report, Doubleday & Cie, New York, 1961

Prospect for America_Déclin de l’état-nation

L’état nation tel qu’il était conçu au XVIe siècle et tel qu’il a existé à travers l’âge moderne est maintenant lui-même transformé. Dans ce rapport il a été nécessaire de parler en terme de nations, comme si elles constituaient toujours les entités solides, étanches et souveraines que la théorie traditionnelle décrit. Dans les faits, elles ne sont pas restées telles-quelles longtemps. La croissance du monde moderne a vu croître l’interdépendance des nations et des communautés à un point tel que l’indépendance, au sens propre d’autosuffisance, est sérieusement érodée. Si les Etats-Unis devaient être confrontés à la nécessité d’exister en dehors des affaires du monde, en dehors de ses courants spirituel et intellectuel et du support de nations alliées et de nations sœurs, ils se rendraient vite compte que l’indépendance peut aller très loin. L’évolution de l’état nation a été brouillée par le fait que les aspirations des peuples à travers le monde, ont aujourd’hui trouvé une expression dans le slogan du nationalisme. Ce qui anime ces peuples c’est la décision d’émerger rapidement et définitivement de l’ère du colonialisme. Ils se sont dirigés quelque part, mais c’est une réelle question que de savoir si le lieu où ils se trouvent correspond à celui où ils pensaient arriver. Beaucoup d’entre eux ne veulent posséder en aucune circonstance le minimum requis pour une autosuffisance. Ils ne les possèdent certainement pas en une période où même les états les plus fermement établis trouvent beaucoup d’insuffisance avec leurs propres frontières et trouvent une nécessité constante à élargir la définition de leurs intérêts. D’une manière profonde, les états émergeants semblent reconnaître l’inadéquation de leurs but avoués. Même lorsqu’ils affirment leurs nationalismes, ils cherchent vers ces groupes plus grands dans lesquels ils peuvent seulement espérer trouver à satisfaire leurs besoins.

Le nouveau nationalisme peut ainsi être une étape à mi-chemin. Il peut fournir un point d’accès rapide dans la ligne de l’évolution des anciens peuples coloniaux. Mais ce n’est pas un endroit de repos où les hommes peuvent espérer construire des communautés viables pour eux-mêmes et leurs enfants.

L’érosion de l’idée nationale a été provoquée par un système économique mondial dont l’essence rend impossible, pour un état, de trouver l’autosuffisance à l’intérieur de ses propres frontières. Cette érosion a peut être aussi été provoquée plus dramatiquement par de nouveaux développements dans l’armement et la guerre. Dans la théorie classique, l’essence d’un état – en plus de l’autosuffisance économique – était sa capacité de défense. Cela comprenait une étendue territoriale intérieure pacifiée et protégée de l’extérieur. L’ordre à l’intérieur est une sécurité raisonnable contre les invasions extérieures : ce sont les deux faces du nationalisme. Les plus petites nations ont longtemps dû adapter leurs pensées au fait de leurs vulnérabilités, mais le développement de la guerre aérienne brouille la signification des frontières aussi bien pour les petits que pour les grands états. […]

La sécurité américaine est maintenant sans signification si elle se situe en dehors de la sécurité du monde libre. De notre point de vue, le territoire américain demeure une citadelle intérieure mais, pour toutes les fins pratiques, la zone de défense des États-Unis est bien plus large.

Dans les frontières du monde libre, d’autres nations ont maintenues leur intégrité et leur liberté mais leur propre responsabilité pour la défense a été transformée. Ils ont été conscients, en outre, du degré variable de contraintes mutuelles et d’interdépendance.

Comme pour les relations des pays dans l’orbite communiste, l’assujettissement a été le cours normal. Maintenant, ce serait une erreur d’ignorer comment le leadership soviétique a été obligé, par les forces du nationalisme et de l’autodétermination, d’accorder des degrés variés d’autonomie. Les pays satellites présentent quelque chose qui est moins qu’une soumission uniforme. Les allusions de Krouchtchev (Leipzig, 7 mars 1959) à une nouvelle structure de Commonwealth pour le bloc soviétique mérite de l’attention.

Si la bipolarité des dix dernières années s’atténue significativement, les relations entre les états changeront de nouveau. Mais les effets de l’expérience historique présente ne doivent pas être perdus. Les nations se trouveront encore liées dans des groupements régionaux de tailles différentes et d’intégration aux degrés variés. Il serait difficile pour elles d’affirmer une sorte d’indépendance qu’elles possédaient, au moins en théorie, jusqu’à la répartition du pouvoir mondial entre les États-Unis et l’Union Soviétique.

Les combinaisons qui deviendront alors possibles sont suggérées par la richesse de la vie internationale qui a nuit à certains prolongements inaperçus dans la décennie et la moitié de siècle passée. Les nations n’ont pas seulement trouvé de nouvelles affinités dans la structure surprotectrice des deux grandes superpuissances ; elles ont aussi établi de nouveaux rapports comme conséquence des forces économiques et technologiques. L’état nation, dans sa forme actuelle, n’a pas permis de satisfaire de manière adéquate et efficace certaines fonctions vitales. Les marchés ne l’ont pas prouvé assez largement. Les sources de matières premières et le crédit ont été organisés sur une base suffisamment large ou stable. Par conséquent, nous avons vu se développer une grande variété d’institutions s’étirant au delà des vieilles frontières. La souveraineté s’est relâchée dans des champs spécifiques, mais l’expérience a prouvé que par la mise en commun des efforts dans le but d’atteindre certains objectifs, les nations ne se sont en aucun cas disséminées mais plutôt ont amélioré ce qu’elles ont. Le pouvoir réel est décuplé comme la signification de la souveraineté est réinterprétée.

Parmi les institutions qui ont été ainsi créées, il y a des projets coopératifs à des fins spécifiques et limitées comme la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, Euratom, le marché commun européen et des arrangements comparables ailleurs comme en Amérique Latine ; accords pour stabiliser les prix et la distribution de certains biens et finalement des accords monétaires et financiers comme dans l’Union Européenne de Paiement, la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement, et le Fond Monétaire International. Il ne faut pas non plus négliger le fait qu’en dehors des gouvernements, la société civile moderne mène une partie considérable des activités économiques du monde, assumant inévitablement des fonctions qui traversent les frontières et qui jouent un rôle important bien que peu remarqué dans l’internationalisation des sous-structures économiques.

La tendance des nations à engager certaines parties d’elles-mêmes dans différents groupements et associations est perceptible dans de nombreuses zones. Les pays d’Europe de l’Ouest sont, sur les questions de défense, membres de la communauté Atlantique alors que, pour les questions économiques, ils participent à la communauté européenne (…) Ces nouvelles communautés extraites des souverainetés existantes ont leurs propres capitales, leurs propres administrations. De tels développements sont liés à la croissance démesurée et à de multiples facettes. Ce que nous avons déjà vu est suffisant pour suggérer que l’État – nation, tel qu’il est conçu traditionnellement, n’est plus pour très longtemps l’unique entité possible du pouvoir politique.

En général, il est dit que les structures sociales les moins complexes tendent à se former elles-mêmes en groupes qui maintiennent quelque chose du caractère des alliances traditionnelles – bien qu’ici l’interdépendance est née des besoins du XXe siècle – tandis que les organismes sociaux et politiques matures de l’Ouest tendent à se grouper eux-mêmes par fonction, avec imbrication et mélange qui sont souvent saisissants par leur ingéniosité.

(…) Traditionnellement, les américains furent concernés par la construction d’une communauté – tandis que trop souvent ils ont procédé naïvement selon l’hypothèse que l’exemple de leur propre union peut être dupliquée dans des conditions entièrement différentes. Ils ont maintenant un champ riche dans lequel tester leur expérience.

 

Rockefeller Brother Fund, Prospect for America, The Rockefeller panel report, Doubleday & Cie, New York, 1961

Prospect for America_The Rockefeller Panel Reports_05

Prospect for America_Conception américaine d’un monde idéal

Revenons maintenant sur un genre de monde qui forme, tel que nous le voyons, l’objectif ultime de la politique étrangère.

L’objectif américain est un monde de paix basé sur des entités politiques séparées agissant comme une communauté. Au sein de cette communauté, il n’est pas nécessaire et ne doit pas avoir d’uniformité : la diversité religieuse, culturelle, philosophique, celle des organisations sociales, de l’expression et des idéaux doivent être prévues. C’est à chaque personne, à sa manière, de découvrir et établir la forme d’organisation sociale la plus satisfaisante pour elle. La communauté internationale ainsi conçue doit inclure tout les états qui n’insistent pas pour imposer leurs façons de vivre aux autres. Tout les états communistes qui sont préparés à assumer la responsabilité et les restrictions d’une vie internationale peuvent être des membres acceptables et constructifs de ce groupe.

Une telle communauté d’états doit mettre en place des institutions et des arrangements permettant à tout ces membres de fonctionner et progresser en assistant ceux qui peuvent avoir besoin d’aide. Cela est nécessaire pour plusieurs raisons. Parmi celles-ci, il y a l’augmentation de la population, l’augmentation du niveau de vie, l’exacerbation des espérances, la nécessité de meilleurs échanges économiques, l’immédiateté de la communication et les contacts fortement accrus entre les communautés et les peuples. Aucun secteur substantiel de la surface de la Terre ne peut aujourd’hui exister sans de tels contacts, qu’ils soient amicaux ou hostiles. La réalité actuelle offre une simple alternative : le combat ou la coopération. Dans quelques générations, avec une population qui aura doublé dans beaucoup de zones, la coopération pourrait bien être la condition de survie.

Les institutions, liées aux diverses nations du monde, peuvent émerger uniquement comme le résultat des besoins communs et être choisies uniquement par libre consentement. Le dénominateur commun entre les 90 pays existant maintenant est comparativement bas. Les ententes universelles effectives existent largement dans le domaine technique où les nations sont d’accord pour agir ensemble afin d’obtenir des résultats pratiques. Ce secteur d’action commune doit être constamment  élargi en tant que nouveau développement et tant que la conscience croissante de l’unité fondamentale du monde le rend possible. Pendant ce temps, les États-Unis peuvent encourager « les accords ouverts » – accords sur des points spécifiques conclus entre ces nations préparées à les adopter mais laissant une porte ouverte à d’autres nations qui souhaiteraient les rejoindre au moment où celles-ci penseront que c’est dans leur intérêt de faire ainsi.

Côte à côte, les institutions tentent d’agir à une échelle mondiale, il existe déjà des grandes régions où les nécessités et les valeurs requièrent un contenu important d’action commune – Europe de l’Ouest, hémisphère Ouest, et Moyen-Orient sont des exemples évidents. Dans chacune de ces régions (tout comme dans certaines autres), les besoins sont accompagnés par un facteur important d’expérience et de connaissance régionales communes et de clairs avantages d’actions conjointes. Comme nous le voyons, toute communauté mondiale devra inclure des organisations régionales fortes. Le développement de cela est déjà en marche ; mais les besoins dépassent les mesures présentes qui, souvent, échouent à suivre la nécessité évidente mais aussi avec ce que les peuples concernés sont prêts à accepter.

De la même manière, les arrangements techniques, souvent créés à un niveau régional, se développent à un point où il y a une reconnaissance mondiale de leur nécessité et accord sur leur substance. Ceux – ci doivent être institutionnalisés à un niveau international. Les attitudes et les conditions changeantes accéléreront peut-être, à un degrés bien plus grand qu’il ne peut maintenant être imaginé, les développements dans cette direction. Certaines activités affectent déjà la santé et la sécurité de l’humanité. La défense contre les épidémies et les attaques des microbes pathogènes et des parasites sur les récoltes vivrières sont des exemples de la gamme croissante d’actions d’une communauté mondiale. Partout où cela est possible, les attitudes universalistes méritent des encouragements de sorte que le monde puisse passer du sentiment de « dépendance au fatalisme » à celui de dépendance à beaucoup d’autres formes plus optimistes incluant la conservation des ressources vitales, l’amélioration du niveau sanitaire et du bien être économique.

Le résultat espéré est la paix dans un monde divisé en petites unités mais organisé et agissant dans un effort commun pour permettre et assister le progrès dans la vie économique, politique, culturelle et spirituelle. Une telle communauté doit faciliter l’accès le plus libre et le plus entier à la pensée, par chacun et pour chacun. Elle doit tenir compte de la plus large diversité d’idée, de structure sociale et de formes d’expression compatibles avec le fonctionnement de la communauté. Elle se composerait vraisemblablement des institutions régionales sous l’autorité croissante d’une structure internationale – combinées autant que faire ce peu pour traiter les problèmes que, de plus en plus, les nations séparées ne pourront résoudre seules.

Telle est, dans les grandes lignes, l’image du monde en construction que les États-Unis voient comme étant le grand objectif de leurs politique étrangère. Ce n’est pas seulement par désir que les États-Unis cherchent un tel monde mais par nécessité. Ce n’est pas seulement par les vieilles valeurs de « l’intérêt national » mais parce que les États-Unis ne peuvent pas espérer devenir son plus complet portrait dans un environnement où les nouveaux besoins sont réunis par de nouvelles institutions.

 

Rockefeller Brother Fund, Prospect for America, The Rockefeller panel report, Doubleday & Cie, New York, 1961

Prospect for America_The Rockefeller Panel Reports_03

Prospect for America_Affaires culturelles

L’influence des États-Unis dans le monde est, bien sûr, fortement affectée par l’impact des idées et des modes américaines, par les livres, jeux, peintures, films, sciences et musiques américaines.

Maintenant, les relations réciproques, qui se sont accentuées au regard de la politique économique, nécessitent d’être également soumises à une contrainte là où les concepts intellectuels et culturels sont impliqués. La capacité des États-Unis à apprécier et estimer l’accomplissement intellectuel des autres peuples n’enrichit pas seulement notre vie mais génère d’importants éléments de pouvoir. Les États-Unis, en tant « qu’assimilateur » et médiateur de diverses contraintes culturelles, sont une force dans le monde qui ne pourrait pas être s’ils cherchaient simplement à favoriser l’assimilation de leurs propres idées par d’autres.

La qualité variée et complexe de la société moderne et libre – sa richesse dans le champ de l’activité des groupes non-gouvernementaux, des intérêts économiques et culturels – donne à la politique étrangère une envergure qui va bien au-delà des activités de petits groupes d’officiels ou de négociations publiques. Ce n’est pas pour sous-estimer le besoin de vision et le courage à un haut niveau de diplomatie comme étant un facteur essentiel dans une politique étrangère positive. Mais nous ne devons jamais oublier que les opportunités effectives d’action et d’influence sont larges, bien plus larges que les canaux officiels à travers lesquels l’influence d’un gouvernement s’exerce.

 

Rockefeller Brother Fund, Prospect for America, The Rockefeller panel report, Doubleday & Cie, New York, 1961

Prospect for America_The Rockefeller Panel Reports_02

Posted: août 8th, 2015
Categories: Politique culturelle, Politique étrangère, Prospect for America, Realipolitik, Rockefeller
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Le cas du Centre Rockefeller

Il y a vingt ans que je pense que la lutte révolutionnaire du prolétariat a besoin de son expression artistique propre, spécialement dans le champ des arts plastiques, d’autant que l’œuvre d’art peut dire les choses les plus compliquées sous la forme la plus simple et la plus directe, compréhensible à tous ceux qui ont des yeux pour la voir. Il est aussi de la plus haute importance de créer un goût de classe, non seulement pour les avantages apportés à la vie personnelle du travailleur, mais surtout pour la clarification de sa position sociale et pour renforcer sa confiance et sa détermination dans la lutte. C’est dans ce but que mes camarades et moi avons peint au Mexique une grande série de fresques qui ont été utiles à la masse des travailleurs et des paysans mexicains. Beaucoup de gens ont cru que notre œuvre avait eu du succès parce qu’il existait au Mexique, dans le peuple, une tradition bien développée d’arts populaires. C’est pourquoi il était souhaitable que nous mettions nos théories à l’épreuves auprès des travailleurs des États-Unis qui ne sont influencés par aucune tradition d’art paysan. J’ai donc accepté avec plaisir la possibilité qui me fut offerte de peindre des murs aux Etats-Unis. Parmi mes peintures américaines, les séries les plus importantes et les plus complètes sont celles de Detroit sur lesquelles j’ai réalisé, le plus correctement possible, une analyse des relations entre le travailleur et les moyens de production, les forces naturelles et les matériaux qu’elles renferment, en créant une beauté appropriée au prolétariat. La véritable raison pour laquelle mon œuvre de Detroit a suscité tant d’attaques est qu’elle était complètement et implicitement un produit du matérialisme dialectique, et bien que ses opposants n’eussent jamais entendu cette expression, ils se sont sentis instinctivement outragés par la nature de la peinture.

C’est aussi pour cette raison que les travailleurs ont réagi en sa faveur, sans que je le leur demande et leur explique rien, apportant par là la preuve que l’art prolétarien, né des racines de l’art populaire, est immédiatement accessible au prolétariat d’un pays dans lequel ces arts populaires ne sont pas développés ; preuve aussi qu’il n’est pas vrai que le prolétariat ait du « mauvais goût en art », mais qu’il a, au contraire, une appréciation immédiate de la beauté, à condition qu’elle soit au contact de sa vie et exprime ses besoins.

Ceux qui m’ont passé commande du travail de Radio City connaissaient parfaitement bien mes tendances artistiques et mes opinions politiques et sociales. Le cas de Detroit venait de servir à mettre en lumière la nature de ma réaction devant le milieu des Etats-Unis. Ils ont beaucoup insisté pour me persuader d’accepter le travail, ce que je fis à la fin, à condition qu’on me laisse l’entière liberté de peindre comme bon me semblerait. Mon interprétation du thème et mes esquisses pour la peinture furent discutées et approuvées.

Le thème qu’on m’avait imposé était le suivant : l’homme au carrefour, les yeux tournés avec incertitude mais avec espoir vers un monde meilleur.

Mon interprétation a naturellement vu le carrefour comme le centre de deux chemins : celui de gauche, représentant le monde socialiste et celui de droite le régime capitaliste. Le travailleur d’acier se trouvait au centre d’un système connecté de machines qui lui donnait le contrôle de l’énergie et les moyens de connaître les divers aspects de la vie, l’infiniment grand et l’infiniment petit, de même qu’une vision simultanée des choses les plus lointaines et les plus proches et le pouvoir sur les forces de la nature, les produits végétaux et la richesse minérale de la terre. Les axes de la composition étaient déterminés par les cylindres d’un téléscope et d’un microscope et leurs champs visuels, croisés comme une paire de ciseaux avec un tapis lumineux en leur pivot central contenant la représentation de l’atome et de la cellule, contrôlés par la main du pouvoir mécanique entre les deux bras du travailleur placés au dessus des contrôles électriques, pendant que son regard est dirigé vers l’au-delà. On trouvait sur les cotés, rangés en zones horizontales comme les étages d’un bâtiment : à gauche, une image de la manifestation de la Journée du Travailleur à Moscou, projetée au moyen de la télévision et, plus bas, les travailleurs d’une usine, réunis à l’heure du déjeuner pour écouter le leader prolétarien. À droite, sur la partie supérieure, la guerre – une attaque d’infanterie équipée de masques et de baïonnettes, renforcée par des tanks et des aéroplanes – ; en bas, comme sa conséquence, une manifestation d’ouvriers sans travail au coin de Wall Street et de South Street, avec la police montée, au moment précis d’attaquer et de disperser la manifestation ; au fond, apparaissaient une structure élevée et le perron d’une église. Dans les ellipses représentant les visions du microscope et du télescope, les plaies et les microbes de la décomposition et de l’infection apparaissaient du coté guerre, comme les fléaux typiques consécutifs à la guerre. Dans la partie basse de l’ellipse, les microbes des maladies vénériennes, la syphilis, etc …, entourant un secteur où l’on voit une scène de joueurs, de buveurs, de danseurs, membres de la bourgeoisie, rappel de l’observation de Marx qu’une telle scène est l’écume flottante de la génération capitaliste. Au pied de ce secteur, dans le champ astronomique, la lune, planète morte, était représentée et près du centre une éclipse de soleil. Le même espace, à gauche, contenait des constellations et des nébuleuses en évolution ascendante. Tout près, un groupe de jeunes femmes, pionnières du mouvement communiste. De ce coté, dans le champ du microscope et faisant contrepoids au soleil, foyer d’énergie vitale, des invasions cancéreuses dans le corps humain étaient représentées comme éléments négatifs dus à la concentration indirecte de l’énergie vitale. Tout près, des organes, des fluides, des fonctions et des micro-organismes, des fonctions de nutrition et de génération de vie. Le secteur compris entre les deux représentait l’union des travailleurs, le paysan, le soldat et l’ouvrier comme dirigeant, et au fond, un groupe d’ouvriers au poing levé.

Comme, selon mon opinion et mon sentiment personnels et selon la vérité historique, le dirigeant le plus remarquable du prolétariat est Lénine, je n’ai pu concevoir ou représenter la figure du dirigeant travailleur autrement que sous la sienne. Devant, des deux cotés, deux énormes lentilles offraient la vision magnifique de l’ensemble à deux groupes d’étudiants de toutes races.

La controverse

Après que les Rockefeller eurent de nombreuses fois exprimé leur enthousiasme pour l’œuvre, à mesure qu’elle se développait sur le mur, Nelson Rockefeller prétexta que la tête de Lénine était inacceptable, bien qu’elle se trouva sur mon esquisse et qu’elle fût depuis un mois dessinée sur le mur. Pendant que cette affaire suivait son cours, se tramait tout un plan d’attaque et un soir, après avoir fait sortir les spectateurs, une force nombreuse de gardes et d’intendants recouvrit la peinture pendant que les architectes exprimaient devant moi leurs objections. Ces objections ne se référaient pas seulement au visage de Lénine mais à la peinture tout entière, à sa couleur, son idéologie, son esprit. Je quittai le bâtiment à 7 heures 10, mais un message téléphonique d’un des travailleurs de la New Worker’s School attira une manifestation au Centre Rockefeller et, formant un front unique, elle arrivait à 9 heures ce même soir avec des banderoles improvisées et des tracts imprimés ; manifestation brutalement attaquée par la police.

Un mouvement grandissant c’est fait sentir depuis lors parmi les organisations ouvrières, les artistes, les critiques et les intellectuels, demandant qu’on me laisse la possibilité de terminer mon travail selon les accords prévus, et qu’il soit montré et reproduit.

Mes compagnons et moi avons décidé que la meilleure réponse à la dictature financière des Rockefeller était de rendre accessible à tous les travailleurs de New York cette peinture révolutionnaire que Rockefeller avait tenté de leur enlever. Nous allons donc employer l’argent payé par les Rockefeller à la peindre gratuitement dans les écoles ouvrières. De cette façon, le soi-disant libéralisme des Rockefeller en tant que protecteurs de l’art a été démasqué et de plus ils paient, bien contre leur volonté, pour que l’art révolutionnaire se fasse dans des centres ouvriers. En même temps, cet incident a permis d’éveiller chez un grand nombre de travailleurs l’intérêt pour le développement d’un art prolétarien ; l’orage a démontré le caractère vivant de l’art des classes laborieuses, contrairement à l’art de la bourgeoisie qui n’est plus capable de susciter de controverse.

Nous espérons que les travailleurs découvriront notre fresque enterrée et, au cas où elle serait détruite ou resterait incomplète, qu’ils soient capable de créer, dans leur propre milieu, les artistes de demain qui mèneront à bien nos intentions et élèveront plus haut l’art révolutionnaire.

Diego Rivera, Le cas du Centre Rockefeller in Écrits sur l’art, sélection et traductions de textes de Catherine Ballestero, Ides et Calendes, Neuchatêl,1996
Publié à l’origine dans Revista de revistas, XXIIIème année, n° 1189, Mexico, 28 février 1933

Le cas du Centre Rockefeller_Rivera

Posted: août 8th, 2015
Categories: Art américain, Politique culturelle, Realipolitik, Rockefeller
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Good Old Modern, Ch. 19 – Le mouvement des dames

La fin de la guerre en Europe ne devait pas achever le rapport officiel de Rockefeller avec l’Amérique Latine ou avec l’exportation de l’art américain. En 1944, il devint Secrétaire d’État Assistant aux Affaires Latino-Américaines, une position qu’il n’occupa que pendant un an. Il fut de retour à New York en 1946 et à nouveau Président du Musée, un poste qu’il occupa jusqu’en 1953. Durant une partie de cette période, il servit aussi comme Président du Conseil Consultatif pour le Développement International du Programme Truman, connu comme le « 4ème point » pour l’assistance économique « aux zones sous-développées » à travers le monde. En 1953 il devint Sous-Secrétaire du Département de la santé, de l’éducation et de l’assistance sociale, mais, avant de quitter New York pour ce très temporaire poste (il démissionna en 1954), il avait persuadé (si l’on peut dire) le Rockefeller Brother Fund de faire une allocation de cinq ans au musée pour ce qui était formellement appelé le programme international des expositions itinérantes. L’idée, derrière un tel programme, était de faire savoir, particulièrement en Europe, que l’Amérique n’était pas le marécage culturel que la Russie essayait de faire croire durant cette période tendue appelée « la guerre froide ». Les tentatives du Département d’État américain. d’exporter nos arts pour des expositions avaient été largement avortées par des membres dissidents du congrès comme nous l’avons noté, qui ne pouvaient souffrir aucun art plus sophistiqué que les couvertures du Saturday Evening Post.

Ce fut avec cet « ukase » des administrateurs et l’encouragement financier du Fonds que McCray –  qui avait quitté le musée pour un an en 1951 afin de travailler à Paris à la section des expositions du Plan Marshall – déplaça la dimension des expositions itinérantes d’une circulation nationale à une autre principalement étrangère. Maintenant, le musée avait et était ravi d’avoir le monde entier (ou tout du moins celui hors du rideau de fer) dans lequel faire du prosélytisme – encore que, à cette époque, la religion exportable était du pays plutôt que ce qu’avait été par le passé son message primaire, la foi importable de l’Europe. Dans les premières années du programme international, McCray embarqua vingt-cinq expositions, vingt-deux d’entre elles représentaient « les aspects divers de l’art moderne américain ». Les trois autres étaient « dédiées aux arts des autres pays » et circulaient aux États-Unis. À travers l’Europe, le Canada, l’Amérique Latine et effectivement le Japon ont voyagé des expositions de Peintres et Sculpteurs modernes américains, de Gratte-ciel, d’architecture post-guerre, d’affiches, de photographies et, aux États-Unis, sont venues Le mouvement moderne en Italie : Architecture et design, et l’Architecture du Japon. Ce n’était qu’un début. Le musée a également acheté à la Grand Central Galeries, le Pavillon américain de la Biennale de Venise, pavillon qui avait été construit en 1929 pour les expositions de la Grand Central Galeries, alors qu’elle était encore une galerie coopérative d’artistes. Après la guerre, le pavillon fut rendu disponible pour le musée et les expositions envoyées là-bas étaient sélectionnées par Barr, Sweeney et Dorothy Miller. Le gouvernement fédéral (ce qui veut dire le Département d’État) n’était pas intéressé par la prise en charge du pavillon et fut insensible au fait qu’il s’agissait du seul pavillon de la Biennale qui n’était pas la propriété de sa nation. L’équipe internationale et les administrateurs du musée furent choqués que l’Amérique ne soit pas représentée à cette si prestigieuse, si intensément politique, exposition internationale d’art où tous les pays européens et la Russie propageaient leurs courants culturels, alors que l’Amérique restait, pour ainsi dire, à la maison et suçait son pouce. À ce moment-là, il parut primordial que les États-Unis soient représentés à la Biennale par ses institutions artistiques les plus sophistiquées, et il n’y avait aucun doute pour personne que le musée était parmi elles. De 1954 à 1962, sans aide gouvernementale, le musée se fit seul responsable pour les expositions d’artistes américains distingués à Venise.

Le pavillon n’était pas une occasion, le musée l’avait découvert depuis longtemps. Cela devint vite une charge que le musée était dans l’incapacité ou peu disposé à soutenir et, bien qu’il le possède toujours, les expositions présentées ces dernières années ont été le fait de la Collection Nationale des Beaux Arts, l’une des nombreuses branches de la Smithonian Institution.

En 1956, le programme international adopta une nouvelle forme, une nouvelle structure financière, une nouvelle entité et un nouveau nom. Eliza Parkinson, à cette époque administratrice pendant quelques années, pensait que le musée devait pouvoir être plus en mesure de trouver un appui pour le programme international de la même manière que le Metropolitan Opera trouva un patronage à travers son conseil national. Rockefeller et René D’Harnoncourt travaillèrent à établir un plan avec deux axes, et demandèrent à Blanchette de le mettre en route. Le premier axe était que le programme international du musée ne devait pas être seulement supporté par le musée, pas seulement par les New Yorkais, pas seulement par des fondations, mais aussi par des hommes et des femmes intéressés par les arts partout en Amérique – pas beaucoup d’entre eux, pensez vous, mais ils sont relativement assez qui peuvent avoir les moyens de donner 1000,00 dollars par an pour être membre du conseil. Ils devaient être soigneusement choisis et individuellement sollicités. Ce ne devait pas être une charité de masse ; à travers cela était construit un appel « snob » de base (bien que cela ne se soit pas appelé ainsi) qui combinait exclusivement, avec une bienfaisance culturelle, un des aspects du parrainage artistique qui est la caractéristique de notre époque – mais pas plus de la nôtre que de toutes autres époques. Enfin, en plus de cela, il y a l’ingrédient du patriotisme : si le gouvernement fédéral ne veut pas supporter un programme pour parler d’art au monde, c’est notre devoir de le faire en tant que citoyens concernés.

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Le conseil international avait moins de trois ans lorsque Burden partit pour Bruxelles et que Blanchette Rockefeller prit sa place comme Président du musée. Cependant, alors que les expositions du conseil étaient marquées de succès, le plus notable étant celui de l’exposition The New American Painting qui avait été montrée dans huit pays européens en 1958-59, il y avait des frictions dans le palais.

The New American Painting qui aurait pu être une répétition pour la vaste exposition de l’école de New York que le Metropolitan Museum présenta douze ans plus tard pour son centenaire, fut assemblée par Dorothy Miller, selon D’Harnoncourt, “à la requête d’institutions européennes d’avoir une exposition dédiée spécifiquement à l’Expressionnisme Abstrait en Amérique ». En Europe, des choses étaient connues de ces peintres, pour beaucoup des New Yorkais, car ils avaient été inclus dans les exportations antérieures du programme international du musée, et l’appétit avait été aiguisé un peu plus.

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Good Old Modern, An Intimate Portrait of the Museum of Modern Art, Atheneum Ed. New York, 1973.
Library of Congress catalog card number 72-94247
ISBN 0-689-10548-7

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Good Old Modern, Ch. 14 – Un géant modéré

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D’Harnoncourt devint légalement un citoyen en 1939 et, cette même année, il réalisa une grande exposition sur les indiens d’Amérique à l’exposition universelle de San Francisco. Au delà de cela, une exposition bien plus impressionnante s’est développée pour le Musée d’Art Moderne. Elle était partiellement payée par les agences gouvernementales, ce fut le premier acte officiel de D’Harnoncourt pour le musée. Deux mois avant que l’exposition ne soit installée, il présenta aux administrateurs, des modèles, à l’échelle de trois étages du musée avec chaque objet à sa place. D’Harnoncourt aimait travailler ainsi et aussi longtemps qu’il fit les accrochages pour le musée, ce qui fut le cas pendant de nombreuses années, il les organisa toujours complètement avec des dessins à l’échelle, avec tous les éléments là où ils devaient être situés, les lumières prévues précisément, les fonds peints dans leurs couleurs finales.

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A New York, l’exposition des Arts Indiens des États-Unis fit immédiatement une réputation à D’Harnoncourt de maître de l’accrochage. Cela avait pris deux ans à D’Harnoncourt pour assembler l’exposition d’art indien pour le musée et pour préparer, avec Frédéric H. Douglas, un catalogue compréhensible, avec beaucoup d’illustrations, qui était à la fois un guide de l’exposition et un livre théorique sur le sujet. Il appela cela « une image représentative de l’art indien aux États-Unis ». Nelson Rockefeller fut impressionné par le succès de l’exposition de la même façon qu’il avait été impressionné par le caractère de l’homme et, en 1943, il invita D’Harnoncourt à se joindre à l’équipe du Bureau des Affaires Inter-Américaines comme directeur de sa section artistique.

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Officiellement, D’Harnoncourt devint attaché à l’équipe du musée en 1944 avec le curieux titre de Vice-Président en charge des activités étrangères et Directeur du Département de l’Artisanat. Il arriva dans les bureaux du 50ème étage de la 53ème rue au moment où Barr était dans les limbes et où l’équipe était en plein marasme. Il connut bien Monroe Wheeler grâce à cela ; ils travaillèrent ensemble sur des projets pour le Bureau du Coordinateur, lequel, comme nous l’avons noté, avait de nombreux contrats avec le musée pour des expositions, des films et des publications. Il connut aussi bien Barr, et avait une profonde admiration pour lui, admiration qui était couplée à une affection sincère. Il semble y avoir peu de doute que Rockefeller qui, sans plus de difficultés, persuada Stephen Clark d’embaucher D’Harnoncourt dans l’équipe du musée, avait dans l’idée qu’après une période d’essai il deviendrait le Directeur du musée. « Nelson décida très tôt au cours de son amitié avec René », dit Wheeler, « qu’il cherchait à le faire Directeur du Musée, mais René n’était pas un homme de l’art moderne ». L’un des administrateurs expliqua que «  cela fut très intelligemment fait, Nelson le fit venir juste pour qu’il soit dans les alentours et donner un sens au poste et ainsi faire que l’équipe finisse par le connaître ».

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Pendant plusieurs années après que Barr fut écarté, le musée fut ostensiblement managé par un comité d’administrateurs avec les différentes têtes des départements qui faisaient leurs rapports à un membre désigné du conseil. Ce ne fut pas plus une façon ordonnée qu’une façon réussie de maintenir les ambitions et les tempéraments de l’équipe et, en 1946, la gestion du musée fut centralisée dans ce qui fut appelé le comité de coordination, duquel D’Harnoncourt fut nommé Président par Rockefeller qui reprenait la présidence du conseil d’administration cette année-là. Le comité était constitué de D’Harnoncourt, Wheeler, Barr, Abbott et Ione Ulrich qui avait succédé à Frances Hawkins en tant que secrétaire du musée. « Nous nous réunissions tous les mercredis matin », rappela Wheeler «  et toutes les politiques étaient discutées ici. René était Président (je pense avoir été Vice-Président ; je me rappelle avoir présidé certaines réunions) et après quelques années, il était en tout cas aux commandes et il s’avéra lui-même sympathique dans tous les sens – à tout ce que nous cherchions à faire – et c’était ce comité, à mon instigation, qui recommanda aux administrateurs qu’il devienne Directeur. Bien sûr c’était déjà depuis longtemps dans l’esprit de Nelson ».

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Un nouveau membre rejoignit l’équipe du musée lorsque Elodie Courter décida de ne pas revenir après avoir eu un fils. Porter McCray, qui avait travaillé avec D’Harnoncourt et Rockefeller au Bureau du Coordinateur et plus tard comme Directeur du Bureau des Affaires Inter-Américaines de la National Gallery à Washington, lui succéda comme Directeur des expositions itinérantes. McCray avait été formé comme architecte à Yale (où il avait été l’un des instruments au démarrage d’un club d’art moderne) et il arriva dans l’entourage de Rockefeller grâce à l’architecte de celui-ci, Wallace Harrison, qui avait connu McCray à Yale et l’avait invité à rejoindre le Bureau du Coordinateur.

 

Good Old Modern, An Intimate Portrait of the Museum of Modern Art, Atheneum Ed. New York, 1973.
Library of Congress catalog card number 72-94247
ISBN 0-689-10548-7

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