Prospect for America_Conception américaine d’un monde idéal

Revenons maintenant sur un genre de monde qui forme, tel que nous le voyons, l’objectif ultime de la politique étrangère.

L’objectif américain est un monde de paix basé sur des entités politiques séparées agissant comme une communauté. Au sein de cette communauté, il n’est pas nécessaire et ne doit pas avoir d’uniformité : la diversité religieuse, culturelle, philosophique, celle des organisations sociales, de l’expression et des idéaux doivent être prévues. C’est à chaque personne, à sa manière, de découvrir et établir la forme d’organisation sociale la plus satisfaisante pour elle. La communauté internationale ainsi conçue doit inclure tout les états qui n’insistent pas pour imposer leurs façons de vivre aux autres. Tout les états communistes qui sont préparés à assumer la responsabilité et les restrictions d’une vie internationale peuvent être des membres acceptables et constructifs de ce groupe.

Une telle communauté d’états doit mettre en place des institutions et des arrangements permettant à tout ces membres de fonctionner et progresser en assistant ceux qui peuvent avoir besoin d’aide. Cela est nécessaire pour plusieurs raisons. Parmi celles-ci, il y a l’augmentation de la population, l’augmentation du niveau de vie, l’exacerbation des espérances, la nécessité de meilleurs échanges économiques, l’immédiateté de la communication et les contacts fortement accrus entre les communautés et les peuples. Aucun secteur substantiel de la surface de la Terre ne peut aujourd’hui exister sans de tels contacts, qu’ils soient amicaux ou hostiles. La réalité actuelle offre une simple alternative : le combat ou la coopération. Dans quelques générations, avec une population qui aura doublé dans beaucoup de zones, la coopération pourrait bien être la condition de survie.

Les institutions, liées aux diverses nations du monde, peuvent émerger uniquement comme le résultat des besoins communs et être choisies uniquement par libre consentement. Le dénominateur commun entre les 90 pays existant maintenant est comparativement bas. Les ententes universelles effectives existent largement dans le domaine technique où les nations sont d’accord pour agir ensemble afin d’obtenir des résultats pratiques. Ce secteur d’action commune doit être constamment  élargi en tant que nouveau développement et tant que la conscience croissante de l’unité fondamentale du monde le rend possible. Pendant ce temps, les États-Unis peuvent encourager « les accords ouverts » – accords sur des points spécifiques conclus entre ces nations préparées à les adopter mais laissant une porte ouverte à d’autres nations qui souhaiteraient les rejoindre au moment où celles-ci penseront que c’est dans leur intérêt de faire ainsi.

Côte à côte, les institutions tentent d’agir à une échelle mondiale, il existe déjà des grandes régions où les nécessités et les valeurs requièrent un contenu important d’action commune – Europe de l’Ouest, hémisphère Ouest, et Moyen-Orient sont des exemples évidents. Dans chacune de ces régions (tout comme dans certaines autres), les besoins sont accompagnés par un facteur important d’expérience et de connaissance régionales communes et de clairs avantages d’actions conjointes. Comme nous le voyons, toute communauté mondiale devra inclure des organisations régionales fortes. Le développement de cela est déjà en marche ; mais les besoins dépassent les mesures présentes qui, souvent, échouent à suivre la nécessité évidente mais aussi avec ce que les peuples concernés sont prêts à accepter.

De la même manière, les arrangements techniques, souvent créés à un niveau régional, se développent à un point où il y a une reconnaissance mondiale de leur nécessité et accord sur leur substance. Ceux – ci doivent être institutionnalisés à un niveau international. Les attitudes et les conditions changeantes accéléreront peut-être, à un degrés bien plus grand qu’il ne peut maintenant être imaginé, les développements dans cette direction. Certaines activités affectent déjà la santé et la sécurité de l’humanité. La défense contre les épidémies et les attaques des microbes pathogènes et des parasites sur les récoltes vivrières sont des exemples de la gamme croissante d’actions d’une communauté mondiale. Partout où cela est possible, les attitudes universalistes méritent des encouragements de sorte que le monde puisse passer du sentiment de « dépendance au fatalisme » à celui de dépendance à beaucoup d’autres formes plus optimistes incluant la conservation des ressources vitales, l’amélioration du niveau sanitaire et du bien être économique.

Le résultat espéré est la paix dans un monde divisé en petites unités mais organisé et agissant dans un effort commun pour permettre et assister le progrès dans la vie économique, politique, culturelle et spirituelle. Une telle communauté doit faciliter l’accès le plus libre et le plus entier à la pensée, par chacun et pour chacun. Elle doit tenir compte de la plus large diversité d’idée, de structure sociale et de formes d’expression compatibles avec le fonctionnement de la communauté. Elle se composerait vraisemblablement des institutions régionales sous l’autorité croissante d’une structure internationale – combinées autant que faire ce peu pour traiter les problèmes que, de plus en plus, les nations séparées ne pourront résoudre seules.

Telle est, dans les grandes lignes, l’image du monde en construction que les États-Unis voient comme étant le grand objectif de leurs politique étrangère. Ce n’est pas seulement par désir que les États-Unis cherchent un tel monde mais par nécessité. Ce n’est pas seulement par les vieilles valeurs de « l’intérêt national » mais parce que les États-Unis ne peuvent pas espérer devenir son plus complet portrait dans un environnement où les nouveaux besoins sont réunis par de nouvelles institutions.

 

Rockefeller Brother Fund, Prospect for America, The Rockefeller panel report, Doubleday & Cie, New York, 1961

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