Prospect for America_La communauté inter-américaine

Également importante, l’autre grande région dont les États-Unis sont une partie – l’hémisphère occidentale dont le Canada et l’Amérique Latine forment, avec nous mêmes, les principaux composants.

Le Canada est actuellement une sorte d’articulation entre les deux systèmes régionaux. Sa position dans l’Atlantique Nord et au sein du Commonwealth le lie avec la Grande-Bretagne et au delà avec le continent européen.

Le partage d’intérêts et d’idéaux avec les États-Unis conduisent à une relation bien plus intime que si elle était basée sur plus de proximité physique. Une longue histoire d’échanges amicaux et l’exemple de la frontière non gardée sont les illustrations d’un lien d’un genre unique. Cette idée est renforcée par les considérations stratégiques à une époque où le chemin le plus probable pour lancer une attaque sur ce continent est de passer par les airs, au dessus du pôle. Le fait qu’il y ai eu des difficultés économiques entre les États-Unis et le Canada au cours des récentes années, accentue le besoin étroit de collaboration sur tous les sujets communs. Cela doit être un vrai souci pour les intérêts d’un voisin qui a ses propres aspirations et a déjà soutenu sa pleine part de responsabilité des charges du monde.

Le problème d’une communauté construite et représenté par vingt pays au sud des États-Unis est plus complexe. Leur importance ne peut pas être ignorée. Il y a là une population déjà plus nombreuse que la population des États-Unis et qui s’accroît plus rapidement. Il y a également un marché d’échange approximativement égal à celui avec l’Europe. Il y a là des ressources naturelles qui offrent d’énormes possibilités de développement.

Les pays d’Amérique centrale et du sud assurent un champ d’action constructif où les prétentions des États-Unis à la conduite du monde peuvent être bien jugées. La stratégie soviétique place la dissolution de la communauté atlantique en premier sur son agenda politique, là n’est pas la question, mais cela semble plus difficile pour séparer les États-Unis d’avec leurs voisins latino-américains.

À la différence de l’Europe et même de l’Asie, nos opportunités, au vu de l’hémisphère ouest, n’ont pas provoqué l’intérêt des américains. Trop souvent, les relations latino-américaines ont été manipulées discrètement jusqu’à ce que certains incidents ou crises forcent l’attention.

Cela n’a pas toujours été le cas. La doctrine Monroe était l’acte d’un grand « homme d’état créatif » qui devait avoir dépassé l’étape d’une préoccupation continue et grandissante des États-Unis concernant cette zone. En soulevant des remparts contre les entreprises coloniales dans le sud continent, l’homme politique américain établissait le modèle durable de nos intérêts et de notre implication. Au XIXe siècle, il isola la vaste zone inter-américaine contre ce type d’intrusion qui, en cette période, fit de l’Afrique un patchwork impérialiste et il maintint le champ libre pour le développement, aux Amériques, de nations indépendantes se gouvernant elles-mêmes. Au même moment, sans doute mieux construite qu’il ne le pensait, il devait établir une triple relation Amérique Latine – États-Unis – Europe. Le soutien britannique à la déclaration de Monroe trouva un écho en 1941-45, lorsque tous les pays d’Amérique centrale et du sud déclarèrent la guerre à l’Allemagne hitlérienne.

L’organisation des États d’Amérique est le plus vieux groupe régional établi dans le monde moderne. Il représente un exemple valable de la manière dont les systèmes de maintien de la paix se tiennent prêts, comme sous structure de base, à être le dernier recours pour les Nations-Unies. La place des États-Unis à l’intérieur de l’OAS met notre politique et notre diplomatie à l’épreuve en agissant vigoureusement avec la connaissance intime des mouvements complexes et des personnalités changeantes, bien que maintenant le respect de l’indépendance requière un système d’auto-gouvernance.

Les États-Unis doivent s’employer à créer un ordre économique et politique viable pour que le continent sud rencontre les changements rapides qui lui sont clairement nécessaires, et pour un système économique sans interruption d’expansion.

Les États-Unis doivent être prêts à offrir une large contribution, soutenue et correctement planifiée. Une telle contribution, pour ainsi dire sans contre-partie, peut seulement s’accomplir sur la base d’efforts organisés et effectifs de l’Amérique Latine elle-même. Si nous avons, de notre côté, le besoin de plus d’actions constructives, il est nécessaire de dire que les leaders des pays d’Amérique du sud ont la charge des besoins auxquels ils font face. Dans un autre rapport de ce document, Politique économique étrangère pour le XXe siècle, le comité encourage les étapes vers un marché commun en Amérique Latine ; les procédures exploitables pour modérer les fluctuations extrêmes des prix des produits de base ; les moyens pour la promotion coopérative d’une croissance économique générale et le développement ; l’établissement d’une Union Inter-Américaine de paiement ; et les étapes vers une meilleure coopération dans les domaines sociaux, de l’éducation, du logement à moindre coût, de la santé et de l’assistance technique.

Ces objectifs, décrit en détails dans cet autre rapport, le comité les considère comme des pré-requis de base pour le développement d’une pleine communauté d’intérêts et pour le bien être général dans l’hémisphère. L’organisation d’une banque inter-américaine de développement est une étape importante en amont, mais nous encourageons encore une fois la considération attentive de toute la gamme de recommandations.

De plus, les États-Unis devraient avoir un intérêt systématique dans les décisions régionales parmi les états d’Amérique centrale pour des actions communes dans les affaires économiques, éducatives, sanitaires et autres. Néanmoins, même si ces objectifs étaient tous atteint, la tache de cette hémisphère ne serait pas accomplie.

Au delà de tout ce que l’homme d’état et l’économiste peuvent accomplir, il doit y avoir un effort de l’intelligence et de l’esprit pour comprendre ce qui persiste dans les profondeurs de cette zone complexe, pour trier les éléments qui créent un dénominateur commun entre autant d’efforts nationaux disparates et pour bâtir le futur sur cette base. L’Amérique Latine est passée par une période d’intense activité culturelle. À travers l’échange d’enseignements, de scientifiques et de figures de la littérature, nous voyons à l’évidence un intérêt pour les choses qui peuvent porter l’ensemble de la civilisation d’Amérique Latine à un niveau d’unité et de conscience de soi.

Les États-Unis ne peuvent pas espérer jouer, dans la vie du continent, le rôle que leur position peut justifier et que d’ailleurs celle-ci et leur bien-être requièrent, à moins que cela les mettent en accord avec les mouvements politiques et culturels. L’Amérique Latine, malgré quelques échecs et détours, semble d’accord pour se construire au sein de nouvelles formes d’organisations régionales, internationales et ses leaders désirent que les nord-américains les pensent avec eux. Une vraie entente est nécessaire. Cette sorte d’entente n’est pas possible sans efforts, elle ne peut être soutenue sans attention, mais dans l’analyse finale elle n’est peut être pas moins importante que le soutien économique.

 

Rockefeller Brother Fund, Prospect for America, The Rockefeller panel report, Doubleday & Cie, New York, 1961