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Prospect for America_La communauté inter-américaine

Également importante, l’autre grande région dont les États-Unis sont une partie – l’hémisphère occidentale dont le Canada et l’Amérique Latine forment, avec nous mêmes, les principaux composants.

Le Canada est actuellement une sorte d’articulation entre les deux systèmes régionaux. Sa position dans l’Atlantique Nord et au sein du Commonwealth le lie avec la Grande-Bretagne et au delà avec le continent européen.

Le partage d’intérêts et d’idéaux avec les États-Unis conduisent à une relation bien plus intime que si elle était basée sur plus de proximité physique. Une longue histoire d’échanges amicaux et l’exemple de la frontière non gardée sont les illustrations d’un lien d’un genre unique. Cette idée est renforcée par les considérations stratégiques à une époque où le chemin le plus probable pour lancer une attaque sur ce continent est de passer par les airs, au dessus du pôle. Le fait qu’il y ai eu des difficultés économiques entre les États-Unis et le Canada au cours des récentes années, accentue le besoin étroit de collaboration sur tous les sujets communs. Cela doit être un vrai souci pour les intérêts d’un voisin qui a ses propres aspirations et a déjà soutenu sa pleine part de responsabilité des charges du monde.

Le problème d’une communauté construite et représenté par vingt pays au sud des États-Unis est plus complexe. Leur importance ne peut pas être ignorée. Il y a là une population déjà plus nombreuse que la population des États-Unis et qui s’accroît plus rapidement. Il y a également un marché d’échange approximativement égal à celui avec l’Europe. Il y a là des ressources naturelles qui offrent d’énormes possibilités de développement.

Les pays d’Amérique centrale et du sud assurent un champ d’action constructif où les prétentions des États-Unis à la conduite du monde peuvent être bien jugées. La stratégie soviétique place la dissolution de la communauté atlantique en premier sur son agenda politique, là n’est pas la question, mais cela semble plus difficile pour séparer les États-Unis d’avec leurs voisins latino-américains.

À la différence de l’Europe et même de l’Asie, nos opportunités, au vu de l’hémisphère ouest, n’ont pas provoqué l’intérêt des américains. Trop souvent, les relations latino-américaines ont été manipulées discrètement jusqu’à ce que certains incidents ou crises forcent l’attention.

Cela n’a pas toujours été le cas. La doctrine Monroe était l’acte d’un grand « homme d’état créatif » qui devait avoir dépassé l’étape d’une préoccupation continue et grandissante des États-Unis concernant cette zone. En soulevant des remparts contre les entreprises coloniales dans le sud continent, l’homme politique américain établissait le modèle durable de nos intérêts et de notre implication. Au XIXe siècle, il isola la vaste zone inter-américaine contre ce type d’intrusion qui, en cette période, fit de l’Afrique un patchwork impérialiste et il maintint le champ libre pour le développement, aux Amériques, de nations indépendantes se gouvernant elles-mêmes. Au même moment, sans doute mieux construite qu’il ne le pensait, il devait établir une triple relation Amérique Latine – États-Unis – Europe. Le soutien britannique à la déclaration de Monroe trouva un écho en 1941-45, lorsque tous les pays d’Amérique centrale et du sud déclarèrent la guerre à l’Allemagne hitlérienne.

L’organisation des États d’Amérique est le plus vieux groupe régional établi dans le monde moderne. Il représente un exemple valable de la manière dont les systèmes de maintien de la paix se tiennent prêts, comme sous structure de base, à être le dernier recours pour les Nations-Unies. La place des États-Unis à l’intérieur de l’OAS met notre politique et notre diplomatie à l’épreuve en agissant vigoureusement avec la connaissance intime des mouvements complexes et des personnalités changeantes, bien que maintenant le respect de l’indépendance requière un système d’auto-gouvernance.

Les États-Unis doivent s’employer à créer un ordre économique et politique viable pour que le continent sud rencontre les changements rapides qui lui sont clairement nécessaires, et pour un système économique sans interruption d’expansion.

Les États-Unis doivent être prêts à offrir une large contribution, soutenue et correctement planifiée. Une telle contribution, pour ainsi dire sans contre-partie, peut seulement s’accomplir sur la base d’efforts organisés et effectifs de l’Amérique Latine elle-même. Si nous avons, de notre côté, le besoin de plus d’actions constructives, il est nécessaire de dire que les leaders des pays d’Amérique du sud ont la charge des besoins auxquels ils font face. Dans un autre rapport de ce document, Politique économique étrangère pour le XXe siècle, le comité encourage les étapes vers un marché commun en Amérique Latine ; les procédures exploitables pour modérer les fluctuations extrêmes des prix des produits de base ; les moyens pour la promotion coopérative d’une croissance économique générale et le développement ; l’établissement d’une Union Inter-Américaine de paiement ; et les étapes vers une meilleure coopération dans les domaines sociaux, de l’éducation, du logement à moindre coût, de la santé et de l’assistance technique.

Ces objectifs, décrit en détails dans cet autre rapport, le comité les considère comme des pré-requis de base pour le développement d’une pleine communauté d’intérêts et pour le bien être général dans l’hémisphère. L’organisation d’une banque inter-américaine de développement est une étape importante en amont, mais nous encourageons encore une fois la considération attentive de toute la gamme de recommandations.

De plus, les États-Unis devraient avoir un intérêt systématique dans les décisions régionales parmi les états d’Amérique centrale pour des actions communes dans les affaires économiques, éducatives, sanitaires et autres. Néanmoins, même si ces objectifs étaient tous atteint, la tache de cette hémisphère ne serait pas accomplie.

Au delà de tout ce que l’homme d’état et l’économiste peuvent accomplir, il doit y avoir un effort de l’intelligence et de l’esprit pour comprendre ce qui persiste dans les profondeurs de cette zone complexe, pour trier les éléments qui créent un dénominateur commun entre autant d’efforts nationaux disparates et pour bâtir le futur sur cette base. L’Amérique Latine est passée par une période d’intense activité culturelle. À travers l’échange d’enseignements, de scientifiques et de figures de la littérature, nous voyons à l’évidence un intérêt pour les choses qui peuvent porter l’ensemble de la civilisation d’Amérique Latine à un niveau d’unité et de conscience de soi.

Les États-Unis ne peuvent pas espérer jouer, dans la vie du continent, le rôle que leur position peut justifier et que d’ailleurs celle-ci et leur bien-être requièrent, à moins que cela les mettent en accord avec les mouvements politiques et culturels. L’Amérique Latine, malgré quelques échecs et détours, semble d’accord pour se construire au sein de nouvelles formes d’organisations régionales, internationales et ses leaders désirent que les nord-américains les pensent avec eux. Une vraie entente est nécessaire. Cette sorte d’entente n’est pas possible sans efforts, elle ne peut être soutenue sans attention, mais dans l’analyse finale elle n’est peut être pas moins importante que le soutien économique.

 

Rockefeller Brother Fund, Prospect for America, The Rockefeller panel report, Doubleday & Cie, New York, 1961

Prospect for America_Déclin de l’état-nation

L’état nation tel qu’il était conçu au XVIe siècle et tel qu’il a existé à travers l’âge moderne est maintenant lui-même transformé. Dans ce rapport il a été nécessaire de parler en terme de nations, comme si elles constituaient toujours les entités solides, étanches et souveraines que la théorie traditionnelle décrit. Dans les faits, elles ne sont pas restées telles-quelles longtemps. La croissance du monde moderne a vu croître l’interdépendance des nations et des communautés à un point tel que l’indépendance, au sens propre d’autosuffisance, est sérieusement érodée. Si les Etats-Unis devaient être confrontés à la nécessité d’exister en dehors des affaires du monde, en dehors de ses courants spirituel et intellectuel et du support de nations alliées et de nations sœurs, ils se rendraient vite compte que l’indépendance peut aller très loin. L’évolution de l’état nation a été brouillée par le fait que les aspirations des peuples à travers le monde, ont aujourd’hui trouvé une expression dans le slogan du nationalisme. Ce qui anime ces peuples c’est la décision d’émerger rapidement et définitivement de l’ère du colonialisme. Ils se sont dirigés quelque part, mais c’est une réelle question que de savoir si le lieu où ils se trouvent correspond à celui où ils pensaient arriver. Beaucoup d’entre eux ne veulent posséder en aucune circonstance le minimum requis pour une autosuffisance. Ils ne les possèdent certainement pas en une période où même les états les plus fermement établis trouvent beaucoup d’insuffisance avec leurs propres frontières et trouvent une nécessité constante à élargir la définition de leurs intérêts. D’une manière profonde, les états émergeants semblent reconnaître l’inadéquation de leurs but avoués. Même lorsqu’ils affirment leurs nationalismes, ils cherchent vers ces groupes plus grands dans lesquels ils peuvent seulement espérer trouver à satisfaire leurs besoins.

Le nouveau nationalisme peut ainsi être une étape à mi-chemin. Il peut fournir un point d’accès rapide dans la ligne de l’évolution des anciens peuples coloniaux. Mais ce n’est pas un endroit de repos où les hommes peuvent espérer construire des communautés viables pour eux-mêmes et leurs enfants.

L’érosion de l’idée nationale a été provoquée par un système économique mondial dont l’essence rend impossible, pour un état, de trouver l’autosuffisance à l’intérieur de ses propres frontières. Cette érosion a peut être aussi été provoquée plus dramatiquement par de nouveaux développements dans l’armement et la guerre. Dans la théorie classique, l’essence d’un état – en plus de l’autosuffisance économique – était sa capacité de défense. Cela comprenait une étendue territoriale intérieure pacifiée et protégée de l’extérieur. L’ordre à l’intérieur est une sécurité raisonnable contre les invasions extérieures : ce sont les deux faces du nationalisme. Les plus petites nations ont longtemps dû adapter leurs pensées au fait de leurs vulnérabilités, mais le développement de la guerre aérienne brouille la signification des frontières aussi bien pour les petits que pour les grands états. […]

La sécurité américaine est maintenant sans signification si elle se situe en dehors de la sécurité du monde libre. De notre point de vue, le territoire américain demeure une citadelle intérieure mais, pour toutes les fins pratiques, la zone de défense des États-Unis est bien plus large.

Dans les frontières du monde libre, d’autres nations ont maintenues leur intégrité et leur liberté mais leur propre responsabilité pour la défense a été transformée. Ils ont été conscients, en outre, du degré variable de contraintes mutuelles et d’interdépendance.

Comme pour les relations des pays dans l’orbite communiste, l’assujettissement a été le cours normal. Maintenant, ce serait une erreur d’ignorer comment le leadership soviétique a été obligé, par les forces du nationalisme et de l’autodétermination, d’accorder des degrés variés d’autonomie. Les pays satellites présentent quelque chose qui est moins qu’une soumission uniforme. Les allusions de Krouchtchev (Leipzig, 7 mars 1959) à une nouvelle structure de Commonwealth pour le bloc soviétique mérite de l’attention.

Si la bipolarité des dix dernières années s’atténue significativement, les relations entre les états changeront de nouveau. Mais les effets de l’expérience historique présente ne doivent pas être perdus. Les nations se trouveront encore liées dans des groupements régionaux de tailles différentes et d’intégration aux degrés variés. Il serait difficile pour elles d’affirmer une sorte d’indépendance qu’elles possédaient, au moins en théorie, jusqu’à la répartition du pouvoir mondial entre les États-Unis et l’Union Soviétique.

Les combinaisons qui deviendront alors possibles sont suggérées par la richesse de la vie internationale qui a nuit à certains prolongements inaperçus dans la décennie et la moitié de siècle passée. Les nations n’ont pas seulement trouvé de nouvelles affinités dans la structure surprotectrice des deux grandes superpuissances ; elles ont aussi établi de nouveaux rapports comme conséquence des forces économiques et technologiques. L’état nation, dans sa forme actuelle, n’a pas permis de satisfaire de manière adéquate et efficace certaines fonctions vitales. Les marchés ne l’ont pas prouvé assez largement. Les sources de matières premières et le crédit ont été organisés sur une base suffisamment large ou stable. Par conséquent, nous avons vu se développer une grande variété d’institutions s’étirant au delà des vieilles frontières. La souveraineté s’est relâchée dans des champs spécifiques, mais l’expérience a prouvé que par la mise en commun des efforts dans le but d’atteindre certains objectifs, les nations ne se sont en aucun cas disséminées mais plutôt ont amélioré ce qu’elles ont. Le pouvoir réel est décuplé comme la signification de la souveraineté est réinterprétée.

Parmi les institutions qui ont été ainsi créées, il y a des projets coopératifs à des fins spécifiques et limitées comme la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, Euratom, le marché commun européen et des arrangements comparables ailleurs comme en Amérique Latine ; accords pour stabiliser les prix et la distribution de certains biens et finalement des accords monétaires et financiers comme dans l’Union Européenne de Paiement, la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement, et le Fond Monétaire International. Il ne faut pas non plus négliger le fait qu’en dehors des gouvernements, la société civile moderne mène une partie considérable des activités économiques du monde, assumant inévitablement des fonctions qui traversent les frontières et qui jouent un rôle important bien que peu remarqué dans l’internationalisation des sous-structures économiques.

La tendance des nations à engager certaines parties d’elles-mêmes dans différents groupements et associations est perceptible dans de nombreuses zones. Les pays d’Europe de l’Ouest sont, sur les questions de défense, membres de la communauté Atlantique alors que, pour les questions économiques, ils participent à la communauté européenne (…) Ces nouvelles communautés extraites des souverainetés existantes ont leurs propres capitales, leurs propres administrations. De tels développements sont liés à la croissance démesurée et à de multiples facettes. Ce que nous avons déjà vu est suffisant pour suggérer que l’État – nation, tel qu’il est conçu traditionnellement, n’est plus pour très longtemps l’unique entité possible du pouvoir politique.

En général, il est dit que les structures sociales les moins complexes tendent à se former elles-mêmes en groupes qui maintiennent quelque chose du caractère des alliances traditionnelles – bien qu’ici l’interdépendance est née des besoins du XXe siècle – tandis que les organismes sociaux et politiques matures de l’Ouest tendent à se grouper eux-mêmes par fonction, avec imbrication et mélange qui sont souvent saisissants par leur ingéniosité.

(…) Traditionnellement, les américains furent concernés par la construction d’une communauté – tandis que trop souvent ils ont procédé naïvement selon l’hypothèse que l’exemple de leur propre union peut être dupliquée dans des conditions entièrement différentes. Ils ont maintenant un champ riche dans lequel tester leur expérience.

 

Rockefeller Brother Fund, Prospect for America, The Rockefeller panel report, Doubleday & Cie, New York, 1961

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Équateur 1960 – 1963. Subversion, travaux pratiques

[…] L’Équateur, un pays minuscule, constituait dans les années soixante (et demeure à ce jour) un exemple classique de république bananière sous développée. Dans ce pays, l’un des plus pauvres de l’Amérique du Sud, 1 % de la population touchait des revenus comparables à ceux des classes privilégiées aux États-Unis, tandis que  les deux-tiers des foyers gagnaient environ 10 dollars par mois. Ces derniers étaient tout simplement exclus de l’économie monétaire, du système social et de la vie nationale – rien d’extraordinaire, en somme, dans le contexte de l’Amérique latine.

En septembre 1960, José Maria Ibarra prit la tête du gouvernement équatorien. Il venait de remporter une victoire électorale décisive, sur une plate-forme libérale-populaire des plus vagues, conçue pour plaire à tous. Ibarra n’était pas un nouveau Castro ; il n’était même pas socialiste. Il s’attira néanmoins les foudres du département d’État américain et de la CIA par son opposition tenace aux deux priorités que Washington tentait de lui imposer : la rupture des relations avec Cuba, et la prise de mesures autoritaires contre les communistes et l’extrême gauche.

Au cours des trois années suivantes, la CIA poursuivit méthodiquement ces deux objectifs. Les techniques énumérées ci-dessous, qui ont été rapportées par Philip Agee, un officier de la CIA stationné en Équateur à cette époque, pourraient constituer un véritable manuel de subversion clandestine. De l’extrême gauche à l’extrême droite, quasi toutes les principales organisations politiques furent infiltrées, souvent au plus haut niveau. On infiltrait la gauche pour détourner les jeunes radicaux de Cuba et de l’antiaméricanisme ; on manipulait la droite pour qu’elle entreprenne et coordonne des activités jugées prioritaires par la CIA. Il arrivait également que la CIA crée de nouvelles organisations, lorsque celles qui existaient ne convenaient pas à ses besoins.

De nouveaux « groupes citoyens » apparaissaient, parrainés par des personnalités connues ; ils pouvaient, par exemple, placer dans la presse nationale une série de communiqués dénonçant l’infiltration du gouvernement par l’extrême gauche et exigeant la rupture avec Cuba. Autre possibilité : une de leurs figures de proue prononçait un discours rédigé par la CIA, puis un rédacteur en chef ou un éditorialiste connu, également salarié par l’Agence, en faisait l’éloge. […] La classe ouvrière faisait l’objet de toutes les attentions. Une pléiade d’organisations syndicales, dont certaines n’existaient que sur le papier, furent créées, modifiées, associées, liquidées et ressuscitées dans le cadre d’un effort frénétique pour concurrencer les véritables syndicats de gauche et s’approprier leur pouvoir au niveau national. Les dirigeants syndicaux recevaient des invitations, tous frais payés, pour assister à des formations organisées en Équateur ou aux Etats-Unis, où la CIA leurs expliquait les dangers du communisme pour le mouvement syndical et repérait des recrues potentielles.

… des « conférences internationales » réunissaient les organisations équatoriennes et d’autres faux syndicats, instaurés par la CIA dans d’autres pays, sans qu’aucun des participants ne sache à qui ou à quoi il avait réellement affaire.

En Équateur, comme dans le reste de l’Amérique latine, l’Agence glissait de faux reportages, destinés à discréditer les communistes, dans des journaux coopératifs. Ces articles faisaient systématiquement l’objet d’une vaste diffusion, par l’intermédiaire des autres bureaux de la CIA en Amérique latine, des agences de presse et des radios contrôlées par la CIA, des pigistes payés pour disséminer les canulars, et enfin des autres médias, dont des journaux américains, qui reprenaient innocemment les informations les plus intéressantes. D’invraisemblables textes de propagande et de désinformation anti-communistes rédigés par la CIA apparaissaient également dans les journaux d’Amérique latine sous la guise d’éditoriaux anonymes.

Dans tous les services et à tous les échelons du gouvernement, des fonctionnaires équatoriens, motivés par l’appât du gain ou par l’ambition personnelle, collaboraient avec la CIA. À une époque, la CIA put s’enorgueillir de compter parmi ses informateurs le numéro deux et le numéro trois du gouvernement. […]

Le ministre des Postes, ainsi que certains de ses employés, tous salariés par la CIA, envoyaient régulièrement à l’Agence le courrier en provenance de Cuba et du bloc soviétique, afin qu’elle puisse l’inspecter à loisir. De même, les fonctionnaires de la douane et le responsable du service d’immigration communiquaient à la CIA le registre des allées et venues entre l’Équateur et Cuba. Lorsqu’un sujet particulièrement approprié revenait d’un voyage à Cuba, on le fouillait à sa descente de l’avion, pour « trouver » sur lui des documents préparés par la CIA. Ces documents qui feraient l’objet d’une intense couverture médiatique, pouvaient contenir des instructions sur ‘les moyens d’intensifier la haine entre les classes », ou d’autres provocations destinées à créer des divisions au sein du parti communiste. Ils confirmaient généralement les peurs du public quant à d’éventuels projets de mainmise cubaine ou soviétique sur l’Équateur ; ils pouvaient également compromettre des personnalités de gauche prises en grippe par la CIA. Des « révélations » du même genre , orchestrées par la CIA dans d’autres pays d’Amérique latine, étaient médiatisées en Équateur pour avertir le public qu’il courait les même s dangers.

En finançant des groupes conservateurs, dans le cadre d’une campagne quasi-religieuse contre Cuba et l’« athéisme-communiste », l’Agence contribua à éroder sérieusement le soutien de Velasco parmi les plus pauvres (en majorité des Indiens), qui avaient massivement voté pour le président, mais dont l’engagement religieux passait avant tout. Et si la CIA désirait connaître les réactions du président à cette campagne, elle n’avait qu’à se tourner vers son médecin personnel, le docteur Felipe Ovalle, qui se faisait un plaisir de décrire les tensions subies par son patient.

Les agents de la CIA bombardaient des églises et des organisations de droite et s’arrangeaient pour faire accuser des groupes de gauche. Ils s’infiltraient dans les manifestations de gauche, brandissaient des banderoles et scandaient des slogans antimilitaristes extrêmement provocants, destinés à irriter l’armée et à précipiter la chute du gouvernement.

L’Agence ne réussit pas toujours à garder les mains propres. Le 19 mars 1960, pendant la campagne électorale, deux colonels, principaux intermédiaires de la CIA au sein de la police nationale équatorienne, organisèrent une émeute pour perturber une manifestation de soutien à Velasco. L’officier de la CIA Bob Weatherfax dirigea l’intervention de la police, à la suite de laquelle cinq partisans de Velasco furent tués et de nombreux autres blessés. […]

L’armée passa finalement à l’action en novembre 1961. Velasco, forcé de démissionner, fut remplacé par son vice-président Carlos Julio Arosemana. Deux candidats rivalisaient pour le poste de vice-président. L’un, président du Sénat, était un agent de la CIA. L’autre, recteur de l’Université centrale, était un politique modéré. Le jour où le Congrès devait se réunir pour faire son choix, un encart dans un quotidien du matin annonça que le parti communiste et une organisation de jeunes de gauche apportaient leur soutien à la candidature du recteur. L’encart avait été placé par un éditorialiste du journal à la solde du bureau de la CIA de Quito. Les démentis arrivèrent trop tard pour sauver le recteur : l’agent de la CIA l’emporta. Son salaire mensuel au sein de l’Agence passa de 700 à 1000 dollars.

La CIA s’aperçut rapidement qu’Arosemana ne lui convenait pas mieux que Velasco. Elle poursuivit l’ensemble de ses opérations, en particulier la campagne pour une rupture des relations avec Cuba à laquelle Arosemana était radicalement opposé. L’impasse se prolongea jusqu’en mars 1962, date à laquelle une garnison militaire, commandée par le colonel Aurelio Naranjo, laissa 72 heures à Arosemana pour rompre avec les Cubains et renvoyer son ministre du travail, un homme de gauche. (Inutile de préciser l’identité du mécène de Naranjo.) Arosemana céda devant l’ultimatum, et renvoya même, à la demande du nouveau cabinet qu’on lui avait imposé, les délégations diplomatiques tchèques et polonaises. […]

Le 11 juillet 1963, des chars et des soldats assiégèrent le palais présidentiel de Quito et Arosemana fut remplacé par une Junte. La première mesure du nouveau régime fut d’interdire le communisme. Les « communistes » et autre éléments « d’extrême gauche » furent arrêtés et emprisonnés ; pour faciliter cette opération, la CIA communiqua les données de sa Subversive Control Watch List. (Selon la procédure en vigueur dans la plupart des bureaux de l’Agence, ces listes indiquaient non seulement l’identité des suspects, mais aussi les noms et adresses de leurs familles, de leurs amis et des endroits qu’il fréquentaient – en un mot, tout ce qui pouvait servir à le retrouver en temps voulu.)

Les libertés civiques furent suspendues ; les élections de 1964, annulées. Là non plus, rien d’inhabituel pour l’Amérique latine.

 

William Blum, Les Guerres scélérates, Les Interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis 1945, Parangon, Paris, 2004.
ISBN 2-8419-116-5

Posted: septembre 2nd, 2013
Categories: Agee, Amérique Latine, CIA, Equateur, Realipolitik
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Good Old Modern, Ch. 19 – Le mouvement des dames

La fin de la guerre en Europe ne devait pas achever le rapport officiel de Rockefeller avec l’Amérique Latine ou avec l’exportation de l’art américain. En 1944, il devint Secrétaire d’État Assistant aux Affaires Latino-Américaines, une position qu’il n’occupa que pendant un an. Il fut de retour à New York en 1946 et à nouveau Président du Musée, un poste qu’il occupa jusqu’en 1953. Durant une partie de cette période, il servit aussi comme Président du Conseil Consultatif pour le Développement International du Programme Truman, connu comme le « 4ème point » pour l’assistance économique « aux zones sous-développées » à travers le monde. En 1953 il devint Sous-Secrétaire du Département de la santé, de l’éducation et de l’assistance sociale, mais, avant de quitter New York pour ce très temporaire poste (il démissionna en 1954), il avait persuadé (si l’on peut dire) le Rockefeller Brother Fund de faire une allocation de cinq ans au musée pour ce qui était formellement appelé le programme international des expositions itinérantes. L’idée, derrière un tel programme, était de faire savoir, particulièrement en Europe, que l’Amérique n’était pas le marécage culturel que la Russie essayait de faire croire durant cette période tendue appelée « la guerre froide ». Les tentatives du Département d’État américain. d’exporter nos arts pour des expositions avaient été largement avortées par des membres dissidents du congrès comme nous l’avons noté, qui ne pouvaient souffrir aucun art plus sophistiqué que les couvertures du Saturday Evening Post.

Ce fut avec cet « ukase » des administrateurs et l’encouragement financier du Fonds que McCray –  qui avait quitté le musée pour un an en 1951 afin de travailler à Paris à la section des expositions du Plan Marshall – déplaça la dimension des expositions itinérantes d’une circulation nationale à une autre principalement étrangère. Maintenant, le musée avait et était ravi d’avoir le monde entier (ou tout du moins celui hors du rideau de fer) dans lequel faire du prosélytisme – encore que, à cette époque, la religion exportable était du pays plutôt que ce qu’avait été par le passé son message primaire, la foi importable de l’Europe. Dans les premières années du programme international, McCray embarqua vingt-cinq expositions, vingt-deux d’entre elles représentaient « les aspects divers de l’art moderne américain ». Les trois autres étaient « dédiées aux arts des autres pays » et circulaient aux États-Unis. À travers l’Europe, le Canada, l’Amérique Latine et effectivement le Japon ont voyagé des expositions de Peintres et Sculpteurs modernes américains, de Gratte-ciel, d’architecture post-guerre, d’affiches, de photographies et, aux États-Unis, sont venues Le mouvement moderne en Italie : Architecture et design, et l’Architecture du Japon. Ce n’était qu’un début. Le musée a également acheté à la Grand Central Galeries, le Pavillon américain de la Biennale de Venise, pavillon qui avait été construit en 1929 pour les expositions de la Grand Central Galeries, alors qu’elle était encore une galerie coopérative d’artistes. Après la guerre, le pavillon fut rendu disponible pour le musée et les expositions envoyées là-bas étaient sélectionnées par Barr, Sweeney et Dorothy Miller. Le gouvernement fédéral (ce qui veut dire le Département d’État) n’était pas intéressé par la prise en charge du pavillon et fut insensible au fait qu’il s’agissait du seul pavillon de la Biennale qui n’était pas la propriété de sa nation. L’équipe internationale et les administrateurs du musée furent choqués que l’Amérique ne soit pas représentée à cette si prestigieuse, si intensément politique, exposition internationale d’art où tous les pays européens et la Russie propageaient leurs courants culturels, alors que l’Amérique restait, pour ainsi dire, à la maison et suçait son pouce. À ce moment-là, il parut primordial que les États-Unis soient représentés à la Biennale par ses institutions artistiques les plus sophistiquées, et il n’y avait aucun doute pour personne que le musée était parmi elles. De 1954 à 1962, sans aide gouvernementale, le musée se fit seul responsable pour les expositions d’artistes américains distingués à Venise.

Le pavillon n’était pas une occasion, le musée l’avait découvert depuis longtemps. Cela devint vite une charge que le musée était dans l’incapacité ou peu disposé à soutenir et, bien qu’il le possède toujours, les expositions présentées ces dernières années ont été le fait de la Collection Nationale des Beaux Arts, l’une des nombreuses branches de la Smithonian Institution.

En 1956, le programme international adopta une nouvelle forme, une nouvelle structure financière, une nouvelle entité et un nouveau nom. Eliza Parkinson, à cette époque administratrice pendant quelques années, pensait que le musée devait pouvoir être plus en mesure de trouver un appui pour le programme international de la même manière que le Metropolitan Opera trouva un patronage à travers son conseil national. Rockefeller et René D’Harnoncourt travaillèrent à établir un plan avec deux axes, et demandèrent à Blanchette de le mettre en route. Le premier axe était que le programme international du musée ne devait pas être seulement supporté par le musée, pas seulement par les New Yorkais, pas seulement par des fondations, mais aussi par des hommes et des femmes intéressés par les arts partout en Amérique – pas beaucoup d’entre eux, pensez vous, mais ils sont relativement assez qui peuvent avoir les moyens de donner 1000,00 dollars par an pour être membre du conseil. Ils devaient être soigneusement choisis et individuellement sollicités. Ce ne devait pas être une charité de masse ; à travers cela était construit un appel « snob » de base (bien que cela ne se soit pas appelé ainsi) qui combinait exclusivement, avec une bienfaisance culturelle, un des aspects du parrainage artistique qui est la caractéristique de notre époque – mais pas plus de la nôtre que de toutes autres époques. Enfin, en plus de cela, il y a l’ingrédient du patriotisme : si le gouvernement fédéral ne veut pas supporter un programme pour parler d’art au monde, c’est notre devoir de le faire en tant que citoyens concernés.

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Le conseil international avait moins de trois ans lorsque Burden partit pour Bruxelles et que Blanchette Rockefeller prit sa place comme Président du musée. Cependant, alors que les expositions du conseil étaient marquées de succès, le plus notable étant celui de l’exposition The New American Painting qui avait été montrée dans huit pays européens en 1958-59, il y avait des frictions dans le palais.

The New American Painting qui aurait pu être une répétition pour la vaste exposition de l’école de New York que le Metropolitan Museum présenta douze ans plus tard pour son centenaire, fut assemblée par Dorothy Miller, selon D’Harnoncourt, “à la requête d’institutions européennes d’avoir une exposition dédiée spécifiquement à l’Expressionnisme Abstrait en Amérique ». En Europe, des choses étaient connues de ces peintres, pour beaucoup des New Yorkais, car ils avaient été inclus dans les exportations antérieures du programme international du musée, et l’appétit avait été aiguisé un peu plus.

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Good Old Modern, An Intimate Portrait of the Museum of Modern Art, Atheneum Ed. New York, 1973.
Library of Congress catalog card number 72-94247
ISBN 0-689-10548-7

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Good Old Modern, Ch. 12 – Chaises musicales et autres jeux de guerre

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Il [Nelson Rockefeller] était allé à Washington pour assurer la responsabilité de coordinateur du Bureau des Affaires Inter-Américaines, un bureau flambant neuf créé à l’été 1940 alors que la guerre en Europe durait déjà depuis neuf mois. Beaucoup d’Américains croyaient par cela que ce n’était qu’une question de temps avant que leur pays ne soit beaucoup plus impliqué. La Belgique et les Pays-Bas sont tombés comme des quilles devant le blitzkrieg allemand et le bombardement à outrance de Rotterdam fut une horreur encore jamais vue jusqu’alors par l’Homme et n’était qu’un avant goût d’une nouvelle sorte de guerre impliquant tout le monde.

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La nomination de Rockefeller par le Président Roosevelt comme un « dollar-a-year man » était, selon un câble d’une agence de presse du 17 août, « pour contrer l’influence fasciste en Amérique Latine ». Les qualifications de Rockefeller pour le poste apparaissaient donc à travers son expérience tant comme directeur de la Creol Petroleum Corporation, laquelle avait son quartier général au Venezuela, et à travers le fait qu’il l’avait poussé dans une coopération avec le gouvernement vénézuélien pour l’amélioration de l’éducation, de la santé et des conditions sociales générales que dans le fait qu’il avait construit un hôtel à Caracas sorte de « tube à essais pour montrer la valeur de l’Amérique Latine comme étant une région profitable aux investissement nord américain ». Pour le moment, dans tout les cas, il n’avait pas l’intention de laisser la présidence du Musée, et l’histoire de l’agence de presse signalait qu’il avait sponsorisé des expositions d’art latino-américain à New York … une exposition mexicaine est là en ce moment. » Jusque-là, le musée n’avait montré qu’une seule exposition importante d’art latino-américain – des œuvres de Diego Rivera – encore que les peintures de Rivera, Siqueros, Orozco (du Mexique) et Portinari (du Brésil) étaient incluses dans l’exposition avec laquelle le nouveau bâtiment du musée fut inauguré, et que les œuvres de certains d’entre eux furent montrées au musée antérieurement. L’exposition mexicaine, dont le nom complet était XX siècles d’art mexicain, était au musée en partie grâce à ce que fit McAndrew. Durant l’été 1940, avant qu’il ne quitte le musée, il s’est rendu au Mexique pour des vacances. Une exposition d’art précolombien mexicain avait été préparée pour le Jeu de Paume à Paris, mais la guerre avait débuté avant qu’elle ne soit transférée et l’exposition fut bien sur annulée.

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McAndrew eut vent de l’exposition mexicaine par Rivera, dans la maison duquel, dans un faubourg de Mexico, il avait vu des photos de ce qui avait été préparé. Lorsqu’il retourna à New York, il suggéra à Barr que ce qui avait été préparé pour le Jeu de Paume ferait une exposition intéressante pour le musée. Barr, à son tour, en parla à Nelson Rockefeller, qui trouva cela très à son goût et certainement en accord avec ses efforts officiels au nom de la « solidarité hémisphérique ». Ainsi, Rockefeller se rendit à Mexico, emmena avec lui Dick Abbott, et, comme McAndrew le dit, « ne vit pas plus Rivera et le Dr Medioni (qui a apporté son aide pour assembler le matériel de l’exposition) que le Président Cardenas ». L’exposition « grossit et grossit encore avec la bénédiction de Cardenas (lui et Nelson s’entendirent) et bientôt une exposition gigantesque, beaucoup plus grande que l’originale, fut promise par le gouvernement mexicain.

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Cinq mois après qu’il soit parti pour Washington, Rockefeller arriva à la conclusion qu’il ne pouvait pas être les deux, Coordinateur des Affaires Inter-Américaines et Président du Musée ; il quitta donc cette dernière responsabilité. Presque au même moment, il créa « le Fonds Inter-Américain » pour l’acquisition d’œuvres d’art dans les pays d’Amérique Latine. Barr et Edgar Kaufmann s’envolèrent tous les deux pour Cuba et le Mexique et Lincoln Kirstein sillonna les capitales d’Amérique du Sud. Sur l’ensemble, ils achetèrent cinquante-huit peintures et sculptures pour les collections du Musée. John Hay Whitney fut élu par le conseil d’administration pour remplacer Rockefeller. Whitney, qui avait alors 36 ans, avait été administrateur durant dix ans et son intérêt principal, comme nous l’avons vu, était la bibliothèque de films. « Je ne diminuerais pas mon intérêt pour la bibliothèque de film », disait sa déclaration publiée, « amis, j’espère participer de plus en plus à toutes les autres activités du Musée. » Il ne fut pas Président pendant longtemps. En mai 1942, il fut nommé colonel dans l’Air Force (Il intégra le Bureau des Services Stratégiques [OSS], l’agence des services secrets du Général Donovan) et Stephen Clark assuma le poste de Président du Musée aussi bien que celle de Président du conseil d’administration.

Le bras droit de Clark était John (« Dick ») Abbott qui avait été élevé au poste de Directeur exécutif lorsque Mabry fut écarté, et sa carrière fut l’une des plus superficielles et longue dans (ou hors) du musée.

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Le programme qui évolua, était pour partie constitué de thérapie, pour partie d’exposition, pour partie de soutien moral et pour partie de rendre disponible les facilités et les talents du musée à Nelson Rockefeller et son Bureau des Affaires Inter-Américaines. Soby travaillait avec les Services Spéciaux de l’armée pour distribuer du matériel artistique dans les camps pour l’usage des hommes de troupe. Il s’arrangea pour que le jardin du musée puisse être utilisé pour les fêtes destinées aux soldats et aux marins. (À propos de l’une d’entre-elles, il écrivit, « je me souviens qu’au beau milieu d’une de ses plus fameuses chansons, Miss (Gracie) Fields s’arrêta brutalement, lança un regard noir sur le nu de bronze grandeur nature de Saint Jean-Baptiste et cria « un jeune homme impétueux. » Elle grimpa dessus en continuant sa chanson ») Il organisa conjointement une exposition sur les usages des « Arts en Thérapie » qui fut félicité par les chirurgiens généraux de l’armée et de la marine, et mit en place une compétition nationale de design nouveau et d’objets pour être utilisés dans le cadre des thérapies par le travail.

Le musée a organisé une longue série d’expositions ayant à voir avec l’effort de guerre sous des angles assez divers. Il y eut des expositions sur le logement en temps de guerre [Wartime Housing], sur les Illustrateurs de l’US Army, d’Image « d’antihoarding » par des écoliers new-yorkais, une très ambitieuse exposition photographique appelée Road to Victory fut sélectionnée par Edward Steichen, alors lieutenant commandant dans la marine, et montée par un ex-designer du Bauhaus Herbert Bayer avec un texte du beau-frère de Steichen, le poète Carl Sandburg. Il apparaît que tout le monde fut impressionné. Jewell, dans le New York Times nomma cela “l’expérience la plus mobile de la saison”. Clyle Burrows, dans le New York Herald Tribune dit que c’était “une exposition aux intentions inspirantes … une déclaration de pouvoir et une affirmation de notre volonté de gagner la guerre … À tous les niveaux dans la spectaculaire visite des galeries du second étage, il y a un point dramatique avec un message persuasif ».

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D’une certaine manière, le musée était une industrie de guerre mineure, et, comme les autres entreprises, signa des contrats avec les Bureaux du gouvernement fédéral. Son produit était culturel, c’est certain. Il exécuta 38 contrats avec le Bureau du Coordinateur des Affaires Inter-Américaines, la bibliothèque du Congrès, le Bureau des Informations de Guerre, et « d’autres agences » avant que la guerre ne soit terminée, et les contrats additionnés représentaient 1 590 234 dollars. Il monta 19 expositions de peinture contemporaine américaine que le bureau de Nelson Rockefeller fit voyager à travers l’Amérique Latine ; il dirigea une compétition de design industriel ; il adapta des films documentaires pour qu’ils soient vus dans les pays hispanophones ou lusitaniens. Il lança une compétition d’affiche à l’échelle de l’hémisphère, analysa les films de propagande ennemie et monta des expositions d’architecture et de photo pour Londres, Le Caire, Stockholm, Rio de Janeiro, Mexico City et tant d’autres encore. Évidemment, Rockefeller était son plus gros client et Monroe Wheller, du musée, travaillait à Washington à mi-temps comme consultant pour le Bureau du Coordinateur durant une grande partie de la guerre.

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Good Old Modern, An Intimate Portrait of the Museum of Modern Art, Atheneum Ed. New York, 1973.
Library of Congress catalog card number 72-94247
ISBN 0-689-10548-7

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