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Good Old Modern, Ch. 14 – Un géant modéré

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D’Harnoncourt devint légalement un citoyen en 1939 et, cette même année, il réalisa une grande exposition sur les indiens d’Amérique à l’exposition universelle de San Francisco. Au delà de cela, une exposition bien plus impressionnante s’est développée pour le Musée d’Art Moderne. Elle était partiellement payée par les agences gouvernementales, ce fut le premier acte officiel de D’Harnoncourt pour le musée. Deux mois avant que l’exposition ne soit installée, il présenta aux administrateurs, des modèles, à l’échelle de trois étages du musée avec chaque objet à sa place. D’Harnoncourt aimait travailler ainsi et aussi longtemps qu’il fit les accrochages pour le musée, ce qui fut le cas pendant de nombreuses années, il les organisa toujours complètement avec des dessins à l’échelle, avec tous les éléments là où ils devaient être situés, les lumières prévues précisément, les fonds peints dans leurs couleurs finales.

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A New York, l’exposition des Arts Indiens des États-Unis fit immédiatement une réputation à D’Harnoncourt de maître de l’accrochage. Cela avait pris deux ans à D’Harnoncourt pour assembler l’exposition d’art indien pour le musée et pour préparer, avec Frédéric H. Douglas, un catalogue compréhensible, avec beaucoup d’illustrations, qui était à la fois un guide de l’exposition et un livre théorique sur le sujet. Il appela cela « une image représentative de l’art indien aux États-Unis ». Nelson Rockefeller fut impressionné par le succès de l’exposition de la même façon qu’il avait été impressionné par le caractère de l’homme et, en 1943, il invita D’Harnoncourt à se joindre à l’équipe du Bureau des Affaires Inter-Américaines comme directeur de sa section artistique.

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Officiellement, D’Harnoncourt devint attaché à l’équipe du musée en 1944 avec le curieux titre de Vice-Président en charge des activités étrangères et Directeur du Département de l’Artisanat. Il arriva dans les bureaux du 50ème étage de la 53ème rue au moment où Barr était dans les limbes et où l’équipe était en plein marasme. Il connut bien Monroe Wheeler grâce à cela ; ils travaillèrent ensemble sur des projets pour le Bureau du Coordinateur, lequel, comme nous l’avons noté, avait de nombreux contrats avec le musée pour des expositions, des films et des publications. Il connut aussi bien Barr, et avait une profonde admiration pour lui, admiration qui était couplée à une affection sincère. Il semble y avoir peu de doute que Rockefeller qui, sans plus de difficultés, persuada Stephen Clark d’embaucher D’Harnoncourt dans l’équipe du musée, avait dans l’idée qu’après une période d’essai il deviendrait le Directeur du musée. « Nelson décida très tôt au cours de son amitié avec René », dit Wheeler, « qu’il cherchait à le faire Directeur du Musée, mais René n’était pas un homme de l’art moderne ». L’un des administrateurs expliqua que «  cela fut très intelligemment fait, Nelson le fit venir juste pour qu’il soit dans les alentours et donner un sens au poste et ainsi faire que l’équipe finisse par le connaître ».

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Pendant plusieurs années après que Barr fut écarté, le musée fut ostensiblement managé par un comité d’administrateurs avec les différentes têtes des départements qui faisaient leurs rapports à un membre désigné du conseil. Ce ne fut pas plus une façon ordonnée qu’une façon réussie de maintenir les ambitions et les tempéraments de l’équipe et, en 1946, la gestion du musée fut centralisée dans ce qui fut appelé le comité de coordination, duquel D’Harnoncourt fut nommé Président par Rockefeller qui reprenait la présidence du conseil d’administration cette année-là. Le comité était constitué de D’Harnoncourt, Wheeler, Barr, Abbott et Ione Ulrich qui avait succédé à Frances Hawkins en tant que secrétaire du musée. « Nous nous réunissions tous les mercredis matin », rappela Wheeler «  et toutes les politiques étaient discutées ici. René était Président (je pense avoir été Vice-Président ; je me rappelle avoir présidé certaines réunions) et après quelques années, il était en tout cas aux commandes et il s’avéra lui-même sympathique dans tous les sens – à tout ce que nous cherchions à faire – et c’était ce comité, à mon instigation, qui recommanda aux administrateurs qu’il devienne Directeur. Bien sûr c’était déjà depuis longtemps dans l’esprit de Nelson ».

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Un nouveau membre rejoignit l’équipe du musée lorsque Elodie Courter décida de ne pas revenir après avoir eu un fils. Porter McCray, qui avait travaillé avec D’Harnoncourt et Rockefeller au Bureau du Coordinateur et plus tard comme Directeur du Bureau des Affaires Inter-Américaines de la National Gallery à Washington, lui succéda comme Directeur des expositions itinérantes. McCray avait été formé comme architecte à Yale (où il avait été l’un des instruments au démarrage d’un club d’art moderne) et il arriva dans l’entourage de Rockefeller grâce à l’architecte de celui-ci, Wallace Harrison, qui avait connu McCray à Yale et l’avait invité à rejoindre le Bureau du Coordinateur.

 

Good Old Modern, An Intimate Portrait of the Museum of Modern Art, Atheneum Ed. New York, 1973.
Library of Congress catalog card number 72-94247
ISBN 0-689-10548-7

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