José Gómez-Sicre

Diplômé en droit consulaire et politique à l’université de La Havane, Gómez-Sicre suivra ensuite des cours d’histoire de l’art dans les Universités de New York et de Columbia. Avocat de métier, sa carrière professionnelle se développe avec la promotion des artistes latino-américains. Critique, chercheur et écrivain, il publia de nombreux articles sur les artistes latino-américains et favorisa leur introduction auprès du public aux États-Unis et dans le monde.
En 1942, il rencontre Alfred H. Barr avec lequel il collabore en 1944 et organise au MoMA une exposition intitulée Modern Cuban Painters, exposition qui circulera ensuite dans différents états grâce au Circulating Exhibition Program du musée.


Alfred Barr Jr., le sculpteur Teodoro Ramos Blanco, José Gómez Sicre, la mécène María Luisa Gómez Mena et l’avocat américain Albert Kaufman, Cuba, 1942.

C’est dans ce contexte qu’il théorise et développe le concept de young american artist pour désigner les artistes du continent américain et défendre les valeurs de l’OAS. Le jeune artiste américain est un protagoniste récurant de la critique de Gòmez-Sicre. Ce dernier tente d’établir un nouveau canon dans l’art latino-américain, en laissant de côté le travail des muralistes qu’il rejette pour leur engagement social, et favorise l’expansion de l’abstraction et de l’expressionnisme. Cette tentative se révèle particulièrement dans l’exposition 32 artistas (1949-1950)
Entre 1946 et 1968, Gòmez-Sicre dessina les contours de ce qu’il appellera « el nuevo arte nuestro » en lien avec les réalités politiques et économiques de l’après-guerre et par opposition au réalisme socialiste qui reçu une forte réception sur le continent avant et pendant la guerre. Son rejet du réalisme social s’est ainsi développé de manière concomitente avec la vision des décideurs politiques américains d’un expressionnisme abstrait outil d’exportation d’images positives de « l’american way of life ». Bien au delà, la Section des Arts Visuels qu’il dirigeait était consacrée à la défense des idéaux libéraux et d’une vision internationaliste de ces idéaux : la « liberté », le « progrès ».

Les débuts de Gòmez-Sicre à la Section des Arts Visuels se situent dans un entre deux de la politique américaine de soutien et de développement de l’Amérique latine : entre la Good Neighbor Policy (1933-45) et l’Alliance pour le progrès (1961-64). La section des Arts Visuels était l’une des rares institutions basées aux États-Unis à poursuivre les échanges culturels inter-américains construit pendant les années de la Good Neighbor Policy grâce à des lieux importants tels que le MoMA et le Bureau des affaires inter-américaines dirigé alors par Nelson A. Rockefeller.
Le concept d’art latino-américain de Gómez-Sicre s’est cristallisé lorsque celui-ci c’est retrouvé confronté aux problèmes de circulations des expositions au-delà des frontières nationales. Sa perception de la région n’était pas motivée par des considérations culturelles ou politiques, mais plutôt par les itinéraires des grandes expositions organisées dans le cadre de la Good Neighbor Policy, elle même construite à partir de problématiques d’itinérance et de géographie. Il semble également qu’il ait cherché à travailler en dehors des zones d’influences de certaines figures tutélaires de la critique d’art tels que Jorge Romero Brest ou Mario Pedrosa fortement implantés en Argentine et au Brésil. Gómez-Sicre se concentra donc sur la zone caribéenne, l’Amérique centrale et les Andes du nord, des territoires où il pouvait ainsi profiter de ses relations avec des entreprises et des fondations américaines, telles que les filiales de la Standard Oil Company propriété de la famille Rockefeller. Dans le catalogue de l’exposition Salón Esso de Artistas Jóvenes (Washington, DC, Union Panamericaine, avril 1965), Sicre souligne l’importance du mécénat du « capitalisme dans le monde libre » pour la croissance des arts visuels.

Modern Cuban Painters, MoMA, 1944. Couverture du catalogue / photo du vernissage (Alfred Barr, José Gòmez-Sicre, Mario Carreño) / vues d’expositions.