La Section des Art Visuel de l’Organisation des États d’Amérique


Front view of the Pan American Union, Washington, D.C., 1943. Washington, D.C., Library of Congress, Prints and Photographs Division, FSA-OWI Collection (LC-USW36-740). Photo: John Collier 

Etablie à la fin du XIXe siècle dans le but de promouvoir la coopération entre les états d’Amérique Latine et les États-Unis, l’Union Panaméricaine (PAU) se transforme en 1948 avec la signature de la charte de Bogotà pour devenir l’Organisation des États d’Amérique (OAS). Son rôle est de promouvoir la coopération économique, militaire et culturelle entre ses membres. L’objectif principal de l’OAS et de prévenir toute intervention extérieur sur le continent américain et de maintenir la paix entre les différents état du continent.

Au sein de l’OAS est créé la Section des Arts Visuels dirigée par José Gomez Sicre à partir de 1946. La section des Arts Visuels proclame avec force l’entrée de l’Amérique latine dans la communauté internationale de l’après-guerre. Tirant parti d’une pratique courante au sein des organisations internationalistes libérales – qui considèrent la consommation culturelle comme catalyseur de la promotion et de la cohésion sociale – la Section des Arts Visuels construit des liens entre une base croissante de consommateurs d’un art latino-américain, d’une part, et l’objectif général de l’OEA visant l’intégration régionale par la mise en œuvre de valeurs politiques et économiques libérales, d’autre part. Très vite, la Section des Arts Visuels avait engagé un important travail de collecte de données sur l’art latino-américain, travail qui permis d’établir le paysage culturel du continent et de rédiger de nombreuses monographies d’artistes. Ce travail réalisé par Concha Romero James, chef de la division de coopération culturelle, constituait ainsi un premier fichier continental d’artistes.

José Gómez-Sicre

Diplômé en droit consulaire et politique à l’université de La Havane, Gómez-Sicre suivra ensuite des cours d’histoire de l’art dans les Universités de New York et de Columbia. Avocat de métier, sa carrière professionnelle se développe avec la promotion des artistes latino-américains. Critique, chercheur et écrivain, il publia de nombreux articles sur les artistes latino-américains et favorisa leur introduction auprès du public aux États-Unis et dans le monde.
En 1942, il rencontre Alfred H. Barr avec lequel il collabore en 1944 et organise au MoMA une exposition intitulée Modern Cuban Painters, exposition qui circulera ensuite dans différents états grâce au programme du Circulating Exhibition Program du musée.


Alfred Barr Jr., le sculpteur Teodoro Ramos Blanco, José Gómez Sicre, la mécène María Luisa Gómez Mena et l’avocat américain Albert Kaufman, Cuba, 1942.

C’est dans ce contexte qu’il théorise et développe le concept de young american artist pour désigner les artistes du continent américain et défendre les valeurs de l’OAS. Le jeune artiste américain est un protagoniste récurant de la critique de Gomez Sicre. Il s’affranchir des institutions nationales où fleurissent encore des tendances officielles dépassées comme l’indigénisme et le muralisme.
Entre 1946 et 1968, Gomez Sicre dessina les contours de ce qu’il appellera « el nuevo arte nuestro » en lien avec les réalités politiques et économiques de l’après guerre et par opposition au réalisme socialiste qui reçu une forte réception sur le continent avant et pendant la guerre. Son rejet du réalisme social s’est ainsi développé de manière concomitente avec la vision des décideurs politiques américains d’un expressionnisme abstrait arme d’exportation d’images positives de « l’american way of life ». Bine au delà, la Section des Arts Visuels était consacrée à la défense des idéaux libéraux, tels que la « liberté » et le « progrès ».

Les débuts de Gomez Sicre à la Section des Arts Visuels se situent dans un entre deux concernant la politique américaine de soutien et de développement pour l’Amérique latine : The Good Neighbor Policy (1933-45) et l’Alliance pour le progrès (1961-64). La section des arts visuels était l’une des rares institutions basées aux États-Unis à poursuivre les échanges culturels inter-américains construit pendant les années de la Good Neighbor Policy, grâce à des lieux importants tels que le MoMA et le Bureau des affaires inter-américaines dirigé alors par Nelson A. Rockefeller.
Le concept d’art latino-américain de Gomez Sicre s’est cristallisé lorsque celui-ci c’est retrouvé confronté aux problèmes de circulations des expositions au-delà des frontières nationales. Sa perception de la région n’était pas motivée par des considérations culturelles ou politiques, mais plutôt par les itinéraires des grandes expositions organisées dans le cadre de la Good Neighbor Policy, qui s’est construite à partir de problématiques d’itinérance et de géographie . Il semble également qu’il ait cherché à travailler en dehors des zones d’influences de certaines figures comme Jorge Romero Brest ou Mario Pedrosa implantés en Argentine et au Brésil. Il se concentra donc sur la zone caribéenne, l’Amérique centrale et les Andes du nord, où il pouvait aussi profiter de ses relations avec des entreprises et des fondations américaines, telles que les filiales de la Standard Oil Company propriété de la famille Rockefeller.