Judith JHP

Performance pour deux interprètes, durée 1 H.
Sur une idée de Benoit Villain
Ecriture chorégraphique : Yohann Baran & Nolwenn Ferry
Interprètes : Yohann Baran & Nolwenn Ferry

DE L’HISTOIRE DE JUDITH AU MOUVEMENT PUNK
Le livre de Judith relate l’histoire d’une jeune veuve, habitante de la ville de Béthulie, qui écarte la menace d’une invasion de l’armée assyrienne en décapitant le général ennemi Holopherne. Intervenant dans un contexte de résignation des habitants de la ville, le geste de Judith restaure la foi du peuple juif en la puissance salvatrice de Dieu. Le texte de Judith donna lieu à de nombreuses interprétations artistiques notamment dans la musique et surtout la peinture (Le Caravage, Elisabetta Sirani ou Artemisia Gentileschi …)

Dans la seconde moitié des années 70, le mouvement punk apparait en Grande-Bretagne puis aux États-Unis. Ce mouvement artistique et social défend une nouvelle forme d’énergie, d’esthétique et de radicalité en réaction à une société de consommation conformiste et dominante. Pour la culture punk, changer le monde ne se fait pas sans passionner la vie. « Être punk se vit. Concrètement. Sans différé. Sans l’aval de quiconque. Par l’engagement et par l’action. Avec l’autonomie et l’indépendance pour horizon. L’émancipation pour élan. L’autodétermination pour tout bagage1 ». Comme une étrange résurgence de l’entaille réalisée par Judith dans le cou d’Holopherne, l’un des premiers groupes punk féminin, s’appellera les Slits (« les fentes » par analogie avec le sexe feminin).

INTENTION GÉNÉRALE
La performance propose de s’appuyer sur une lecture croisée de l’histoire de Judith et de
l’esthétique punk pour interroger et déconstruire un acte qui porte en lui cette ambiguïté d’une relation d’amour/haine autant qu’une dimension politique et critique sur les rapports de domination, leurs expression sociale et esthétique. Que l’observateur change d’angle, et l’allégorie de Judith se trouve prise d’une étrange oscillation, d’une nouvelle énergie qui la renouvellent entièrement. Judith devenue punk ! Voilà le mythe appréhendé par des langages nouveaux. À l’univers manichéen des premiers temps, à la sainte figure représentant la loi, succède l’ambiguïté d’une lecture qui voit la « sainte » éprouver des attirances suspectes et équivoques et pour qui la seule loi est celle de son désir. Judith porte en elle cette aberration libératrice qui semble relever d’une énergie punk.

1 Do it yourself!, Autodétermination et culture punk, Fabien Hein, Le Passager Clandestin, 2012