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Simon Boudvin

Qu’il explore des galeries souterraines ou qu’il arpente les rues de nos villes à la recherche d’espaces en déshérence, Simon Boudvin dresse son inventaire des formes déchues, devenues encombrantes, inadaptées, dans une visite du « form after function [foot] Il semble que l’auteur de cette expression soit le sculpteur américain Horatio Greenough dont les écrits furent longtemps oubliés et redécouverts dans les années 1930. Cette expression fut réutilisée par l’architecte américain Louis Sullivan dans un article publié en 1896, The Tall Office Building Artistically Considered. Ce principe de la forme d’un objet ou d’un bâtiment qui doit être basé sur sa fonction sera un principe associé au modernisme.[/foot]». Cet inventaire, il l’applique, notamment, tant à des objets qu’à la ville moderne et contemporaine. Parmi d’autres méthodes, il utilise celle de l’anastylose, technique d’archéologue qui consiste à reconstruire un monument en ruine en étudiant les éléments restants. L’artiste pose la question de notre héritage, question qui vient résonner d’une manière toute particulière sur les murs de la ville fonctionnelle. Que doit on faire de cet héritage que les urbanistes nous ont laissé ? Faut-il le détruire comme dans certaines villes ? Doit – on l’oublier, le dissimuler, le réhabiliter, le ré-envisager afin de le faire basculer de l’inadaptable à l’inadaptée ?

C’est aussi bien aux formes construites qu’aux cycles de déplacement, d’utilisation et de recyclage de la matière qu’il s’intéresse. « On pourrait dire d’un bâtiment, comme d’un objet, qu’il meurt quand il perd sa fonction ou quand il perd sa forme. Le matériau qui le constitue doit disparaître ou être requalifié. Selon moi, une histoire de l’architecture partant de la matière et non de la forme serait possible [foot]In Revue multitudes, 2001/3, n°46. Entretien de Caroline Soyez-Petithomme avec Simon Boudvin »[/foot]

Pour cette exposition, Simon Boudvin présente deux photographies, Pont et Fondations, datées de 2008. Ces photographies font partie d’une série plus large dans laquelle, l’artiste a photographié des éléments d’architecture et d’urbanisme dont les travaux ont été stoppé, abandonné avant que ceux-ci soient terminés et fonctionnels. Sa photographie emprunte au genre du documentaire et dresse un bref inventaire d’infrastructures délaissées, sortes de déchets monumentaux : rue, pont, fondations de bâtiment. Certaines de ces structures semblent avoir solutionné temporairement un besoin oublié depuis lors, ou encore paraissent attendre une quelconque remise en service, une réintégration dans l’activité de la ville.
Immobiles au milieu de la végétation qui a finit par les recouvrir et envahir l’espace, ces objets en rappellent d’autres plus anciens qui furent eux aussi parfois abandonnés. Mais à la différence d’un certain romantisme de la ruine évoquant une histoire ancienne, Simon Boudvin montre ce que nous fréquentons aujourd’hui mais que nous ne voyons plus. Il semble faire état d’un échec de la ville fonctionnelle à travers les squelettes de ses infrastructures (notamment de communication), laissées à l’abandon et avouant leurs impossibilités de s’adapter à notre expérience de la ville.